FoxcrtoNNEMENT socIAL on r'Âcs ou Fnn, Acrns DE LA Tesrs RoNDE on Lons-rn-Sluur LA COMPLEXIFICATION SOCIALE EN EUROPE MOYENNE PENDANT LÂGE DU FER: ESSAI DE MODELISATION Patrice BRUN L'essai de modélisation présenté ici part de I'hypo- thèse selon laquelle I'Age du Fer européen, comme tour espace-temps, ne constitue ni un bloc intangible, ni même une suite d'états d'équilibre, mais un changement perma- nent rythmé de bifurcations avec lesquelles s'opèrent des choix d'organisation sociale qui demeurent imprévisibles. Une telle approche nécessite de travailler dans un cadre spatial à la fois très large, le continent, er rrès rétréci par endroit, les micro-régions où la documentation est sufiÊsamment étoffée pour révéler les modes d'occupation durant la période étudiée. Après avoir dégagé les principes théoriques de cette étude, je tenterai de caractériser srruc- turellement I'Age du Fer par rapport à l'Age du Bronze. Je dégagerai ensuite les principales tendances de l'évolution et les changements significatifs qui la rythment. J'essaierai, de plus, d'identifier les fâcreurs de changement et de me- surer leurs effets respectifs sur I'organisation sociale. Je commenterai pour terminer cerraines implications théo- riques du modèle. 1. Les FoNDEMENTs rHÉoRreuEs Les archéologues er les historiens ont longtemps manifesté des réticences devant I'emploi de modèles. Cette hostilité tend à s'estomper. Il convient de s'en réjouir car la recherche ne consiste pas seulement à décrire I'objet d'étude. La description, aussi exhaustive soit-elle, n'a en effet jamais rien révélé de plus qu'elle-même. L'effort d'ex- haustivité conduit même, paradoxalement, à faire obstacle à la compréhension recherchée. Il condamne à ne voir que des cas particuliers, bref à se noyer dans la complexité qui est le propre du vivant et I'objet ultime de notre recherche. A I'inverse, le raisonnement, qui procède par hypothèse et déduction, permer de passer de la donnée brute à ce qu'elle implique. Tenter de produire du sens nécessite donc le re- cours à des outils conceptuels, à des modèles. La problématique de la stratificadon sociale a été profondément marquée par les rravaux de L. Morgan d'une part, K. Marx et F. Engels de I'autre. Ils ont conçu l'évolution sociale comme une succession de paliers conduisant du communisme primitif à I'Etat. Le para- digme marxiste et sa dialectique ont constitué une impor- tante avancée conceptuelle. Ses auteurs n'ont cependant traité en profondeur que du capitalisme et, si leur principe de contradiction interne peur s'appliquer à toute forme d'organisation sociale, il s'avère trop large, trop mulri- forme pour satisfaire pleinement. Enfin, il laisse bien sûr en suspens I'identification du moteur initial de l'histoire. S'inspirant explicitement de la théorie marxiste, les néo-évolutionnistes ont dominé les débats à panir des an- nées soixante. Ils ont repris I'idée centrale d'un continuum de difftrenciation sociale depuis l'état de solidarité méca- nique cher à Durkheim, jusqu'à un état potentiellement plus organique ; des problèmes de régulation et d'intégra- tion impossibles à résoudre par les mécanismes antérieurs devant être résolus à chaque état successif Ils ont proposé leur fameuse rypologie des formes d'organisation : bande, tribu, chefferie, Etat. L'évolution sociale de l'Europe, qui va globalement dans le sens d'une complexité croissante, semble se conformer aux rypologies élaborées per les an- thropologues de cette école de pensée (Fried 1960 ; Service I97l ;1975 ; Sahlins 1972). Le schéma est cependant trop sommaire. L'examen synthétique de la documentation dis- ponible invite à en relativiser le caractère rrop mécanique et irréversible. De plus, ces modèles abourissenr, en défini- tive, à des explicarions fonctionnalistes. La théorie des systèmes a été mise à contribution à partir du milieu des années 60. La tentative s'est, en géné- ral, révélée décevante. Elle n'apportait finalement rien de plus que les modèles précédents. Cependant, la systé- mique, dite impropremenr "de la deuxième générarion", suscite de grands espoirs. Elle ouvre la possibilité de conce- voir les entités sociales autonomes comme des systèmes auto-organisés ; leur organisation ne leur esr pas imposée R' 19 275