D eans une enquête menée par l’observatoire du estress au travail de la CFE-CGC en 2011, 45 % edes interrogés considèrent que l’utilisation de l’anglais au travail est un facteur de stress et ils sont autant à considérer qu’elle les met en situation de faiblesse. Cependant, à 60 %, ils estiment que cette utilisation les valorise. On peut en tirer deux enseignements. D’abord le fait - souvent nié, notamment par les dirigeants - que l’utilisation de l’anglais dans les entreprises pose question. Ensuite l’ambivalence de la langue étrangère : il s’agit à la fois d’une compétence que le salarié souhaite voir reconnue et rémunérée, et, en même temps, d’une forme de pression exercée sur lui. Cette ambivalence peut expliquer que le sujet, latent depuis une dizaine d’années et porté par une poignée de Don Quichotte dans leurs entreprises respectives, commence seulement à intéresser les organisations syndicales 1 . L’irrésistible avancée de l’anglais L’internationalisation des affaires s’accompagne d’un mouvement d’anglicisation des entreprises. Pour échanger avec un client, un fournisseur ou un partenaire non- francophone, mieux vaut parler sa langue ou, à défaut, une langue commune qui est presque toujours l’anglais ou sa variante internationale le globish 2 . Il faut noter que ce mouvement, qui s’est vivement accéléré en France ces dix dernières années, a débuté plus tôt dans d’autres pays d’Europe, tels les Pays-Bas et les pays scandinaves. Ces pays ont en commun une langue nationale à faible difusion, qu’il est peu réaliste de vouloir faire apprendre aux employés de iliales ou de partenaires commerciaux. Le statut longtemps international du français – langue coloniale, langue diplomatique – a certainement contribué à freiner l’avancée de l’anglais comme langue des afaires dans notre pays. Chez Procom 3 , une multinationale franco- américaine des télécommunications où l’anglais est de fait la langue de travail, la volonté des Français de conserver à leur langue maternelle un statut particulier (aux côtés de l’anglais) est peu appréciée de leurs collègues étrangers qui y voient la rémanence d’un esprit colonialiste. L’anglais n’ofre-t-il pas un terrain neutre pour la communication entre les pays ? La Gazette DE LA SOCIÉTÉ ET DES TECHNIQUES Publication des Annales des mines avec le concours du Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies et de l’École nationale des mines de Paris N°68 . BIMESTRIEL SEPTEMBRE 2012 « Se déier du ton d’assurance qu’il est si facile de prendre et si dangereux d’écouter » Charles Coquebert Journal des mines n°1 Vendémiaire An III (1794) FRENCH CO. VS THE WORLD Le déi de l’anglicisation pour les entreprises françaises Qu’on s’en agace ou s’en félicite, l’anglais est la langue des afaires internationales. Son utilisation, dictée par la recherche de clients et partenaires internationaux, pose des déis d’organisation aux entreprises. Comment gérer la transition sans brusquer les équipes et sans se priver de compétences précieuses ? Comment empêcher que les rapports de pouvoir ne deviennent subordonnés à la maîtrise de la langue ? Et jusqu’où faire pénétrer l’anglais avant qu’il ne devienne envahissant ? La formation aux langues, si importante soit-elle, ne suit pas à éluder ces questions. Des observations menées pendant un an dans des entreprises françaises à divers degrés d’internationalisation mettent en évidence le manque d’une réflexion économique et stratégique sur le sujet.