PAINTINGS 1 Mots clés : icônes, Ethiopie, pigments, vernis, liant, chromatographie, IRTF, microscopie électronique RÉSUMÉ Cette étude d’un ensemble d’icônes éthio- piennes datant du XV e au XVIII e siècle, du musée de l’Institute of Ethiopian Studies à Addis-Abeba, résulte de la collaboration entre une historienne de l’art, une restauratrice de peintures et une chimiste. Elle concerne tout à la fois des prélèvements et analyses des ma- tériaux constitutifs, pigments, liants et vernis, un bilan de l’état sanitaire et esthétique des œuvres et enfin une étude historique. Les ré- sultats présentés concernent principalement la caractérisation des pigments et des ver- nis et leur mise en œuvre, pour quatre des icônes, datées et attribuées à deux peintres, Feré Seyon et Brancaleon (XV e – début XVI e siècles). Les résultats obtenus ont permis de mettre en évidence des techniques proches, notamment une palette de pigments identi- ques et la présence d’un vernis à l’huile, mais avec des traits spécifiques à chacun. ABSTRACT An art historian, a paintings conservator, and a chemist jointly conducted this study of a group of 15th- to 18th-century Ethiopian icons from the museum of the Institute of Ethiopian Stud- ies in Addis-Ababa. The study pertains to the sampling and analysis of the constitutive mate- rial, pigments, binder, and varnish, a sanitary and esthetic assessment of the works, as well as a historical study. The results presented mainly concern the characterization of the pigments and varnishes and how they were used for the four icons dated and attributed to two paint- ers, Feré Seyon and Brancaleon (15th century to the early 16th century). The results showed that similar techniques were used, specifically an identical selection of pigments and the presence of oil varnish, while each also had its unique characteristics. SIGRID MIRABAUD* Ministère de la culture et de la communication Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) Paris, France sigrid.mirabaud@culture.gouv.fr MÉLINÉ MIGUIRDITCHIAN Paris, France melimelo-m@hotmail.fr CLAIRE BOSC-TIESSÉ Centre national de la recherche scientifique Centre français des études éthiopiennes (CFEE) Addis Abeba, Éthiopie claire.bosctiesse@free.fr *Auteur à qui doit être envoyée la correspondance ÉTUDE D’UN CORPUS D’ICÔNES DATÉES DES XV e ET XVI e SIÈCLES CONSERVÉES AU MUSÉE DE L’INSTITUTE OF ETHIOPIAN STUDIES, UNIVERSITÉ D’ADDIS ABEBA, ÉTHIOPIE CONTEXTE DU PROJET Ce projet d’étude des éléments constitutifs et des techniques picturales s’inscrit dans une recherche sur les réseaux de commande et de réalisation des œuvres et leur évolution dans le temps, du XIII e au XVIII e siècle. Il implique une collaboration entre plusieurs institutions françaises et éthiopiennes, le Centre français des études éthiopiennes (CFEE), le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), l’ANR Cornafrique et l’Institute of Ethiopian Studies (IES). Le cœur de ce projet est constitué des analyses physico-chimiques des peintures des icônes du musée de l’IES de l’Université d’Addis Abeba qui possède aujourd’hui la plus importante collection d’icônes éthiopiennes au monde. Outre son importance numérique, cette collection couvre un large spectre : du XV e siècle, époque de laquelle datent les premières icônes connues, jusqu’au début du XX e siècle. Seize icônes ont été sélectionnées en raison de leur intérêt pour l’histoire de la peinture éthiopienne. L’étude de ces icônes a été triple : prélèvements et analyses des matériaux constitutifs, pigments, liants et vernis; bilan de l’état sanitaire et esthétique des œuvres; étude historique. Nous présentons dans cet article les résultats scientifiques et techniques obtenus sur quatre des icônes, datant de la première période étudiée, fin du XV e – début du XVI e siècle. Elles ont pour particularité d’être attribuées à des peintres actifs à peu de temps d’intervalle, Feré Seyon, d’origine éthiopienne, et Nicolo Brancaleon, d’origine vénitienne. ICÔNES ÉTUDIÉES – ÉTAT DE CONSERVATION Les icônes présentées dans cet article permettent d’étudier une période clé de l’histoire de l’art éthiopien en se focalisant sur ce qu’il se passe dans les milieux artistiques autour de la cour royale au XV e et au début du XVI e siècle, en comparant les matériaux et les techniques d’un peintre éthiopien et d’un peintre italien employé en Éthiopie. L’IES possède en effet plusieurs icônes attribuées à Feré Seyon, actif sous le règne du roi Zara Yaqob (1434–1468), qui aurait traduit en image les orientations dogmatiques et théologiques imposées par ce souverain à l’Église éthiopienne. La seule icône signée, conservée dans un monastère éthiopien, est aujourd’hui inaccessible. À défaut, l’étude de deux des œuvres qui lui sont attribuées permet de confronter l’analyse d’histoire de l’art aux données matérielles (technique du peintre et matériaux employés). L’IES possède par ailleurs