1 Audit de la mémoire organisationnelle et gestion du savoir devenir : Des leviers d’une gestion responsable des ressources humaines Anne Carbonnel Grefige-Ceremo, Université de Metz anne.carbonnel@univ-metz.fr Résumé Parmi les différents champs couverts par l’audit social, l’investigation sur la mémoire et le savoir devenir des organisations apparaît comme une voie pouvant faciliter le développement durable. En effet il n’est pas d’inscription dans la durée sans capacité à savoir devenir. Dès lors on en vient à se demander comment les organisations qui s’inscrivent dans la perspective d’un développement durable peuvent-elles gérer d’une part leur mémoire et d’autre part leur savoir devenir ? Pour répondre à ces questions, partant des difficultés liées aux écarts entre les discours et les pratiques effectives de mise en œuvre de la responsabilité sociale des entreprises, nous proposons dans un premier temps un cadre pour l’audit de cette responsabilité via la mémoire organisationnelle. Dans un deuxième temps, nous argumentons en faveur du concept de savoir devenir vu comme une compétence au service du développement durable servi par une gestion responsable des ressources humaines. Audit de la mémoire organisationnelle et gestion du savoir devenir : Des leviers d’une gestion responsable des ressources humaines Dans le prolongement de réflexions initiées par le Club de Rome dès la fin des années 1960 1 puis dans les décennies suivantes, le développement durable ne concerne plus seulement les états mais également toute organisation qui, de la multinationale à la PME, se sent responsable des conséquences de son activité envers les différentes parties prenantes internes et externes : actionnaires, personnel, clients et fournisseurs, et plus largement environnement social, économique et écologique. Les aspects critiques du développement industriel, tels que la pollution ou les restructurations entrainant la disparition d’entreprises et les suppressions d’emplois, génèrent alors un sentiment diffus d’insécurité socio-économique et environnementale dénoncé dans la littérature depuis plus d’une trentaine d’années (d’Iribarne, 1973). En réaction à ce phénomène la responsabilit é sociétale des entreprises (RSE) envers les différentes parties prenantes de son activité apparaî t au sein des entreprises comme un discours plus ou moins articulé aux pratiques, et présidé par une réflexion éthique (Gond, Mullenbach-Servayre, 2003). De nombreuses critiques ont été formulées à l’encontre de la RSE par des sociologues (Salmon, 2002 ; Gendron, 2000 ; Jones 1996) qui suspectent son caractère instrumental. Dès lors on est en droit d’interroger selon le cadre d’analyse de la théorie de l’action (Argyris et Schön, 1974), l’articulation entre les discours et les pratiques organisationnelles et partant de l à, rechercher de nouveaux processus contextualisables, pour un management qui se veut responsable en mati ère de développement durable (Pichault F., 2006). 1 Voir notamment Meadows D. et al., (1972), rapport qui souligne les dangers écologiques de la croissance économique et démographique, commandé par le Club de Rome à une équipe de chercheurs du Massachussets Institute of Technogy