29.01.2011 Anna Tabaki Université d’Athènes Le français, langue d’échanges culturels dans le Sud-Est de l’Europe ‘La conjoncture historique et ses spécificités locales’ À l’aube du XVIIIe siècle, en 1704, Aubry de la Motraye mentionne que le jeune Nicolas Mavrocordatos, futur hégémone, possédait «en perfection le grec littéral, l’italien, le français». 1 Il est tout naturel que la bonne connaissance d’une langue ouvre largement la voie vers la délectation de la littérature, voire de la culture correspondante. 2 Le Catalogue fragmentaire de la fameuse bibliothèque de la famille, fondée du temps de Nicolas, contient une pléiade d’auteurs français. 3 Dans une lettre que son fils Scarlat (né vers 1701/1702 et mort en 1726), adresse au docteur Thomas Testabouza (lettre écrite vers la fin décembre 1720- janvier 1721), le jeune béijadé se réfère, d’une manière suggestive et critique, à ses lectures favorites: nous retrouvons Boileau Η Άννα Ταµπάκη είναι Καθηγήτρια στο Τµήµα Θεατρικών Σπουδών του Πανεπιστηµίου Αθηνών και Φιλοξενούµενη Ερευνήτρια στο Ινστιτούτο Νεοελληνικών Ερευνών του Εθνικού Ιδρύµατος Ερευνών (ηλεκτρονική διεύθυνση: atabaki@theatre.uoa.gr ). 1 Aubry de la Motraye, Voyages [...] en Europe, Asie et Afrique, t. 1, La Haye 1727, p. 374. Selon Procopiou Pambéris, N. M. connaissait entre autres langues, le turc, l’arabe et le persan; d’après Antoine Épis, le prince s’était mis vers 1721 à l’étude de l’hébreu. Voir Jacques Bourchard, «Les relations épistolaires de Nicolas Mavrocordatos avec Jean Le Clerc et William Wake», Ο Ερανιστής [Ho Eranistès], 11(1977), 70-71. 2 Plusieurs bibliothèques phanariotes étaient connues et appréciées; celle de Panayotis Nikousios suscita, au moment de sa vente, l’intérêt de Colbert, agissant pour le compte de Louis XIV. Cf. Journal d’Antoine Galland pendant son séjour à Constantinople, pp. 273-275. D’autres bibliothèques étaient aussi renommées, comme celles du béïjadé Constantin Mourouzi et de Démètre Mano. 3 N. Iorga, Pilda bunilor domni români din trecut, faƫă de școal ă românească, Analele Academiei Române, Section historique, série II, 37(1914), pp. 77-120, notamment p. 115 sq. Cf. Corneliu Dima-Drăgan, « La bibliophilie des Mavrocordato », Symposium L'Époque phanariote, Thessalonique, Institue for Balkan Studies, 1974, p. 210.