Financement de la recherche universitaire et productivité
scientifique des chercheurs au Québec
Étude exploratoire des effets des Fonds subventionnaires
sur les publications et les collaborations en recherche
de 2001 à 2008
Moktar Lamari*, Christian Villeneuve** et Pascal Gélinas***
© Gouvernement du Québec, ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation,
travaux réalisés à la demande de l’Institut de la statistique du Québec, 2010
Les auteurs remercient les évaluateurs anonymes des deux précédentes versions de ce texte, pour leurs
commentaires et suggestions de bonification. Nos remerciements vont aussi aux professionnels, experts et
statisticiens de l’Institut de la statistique du Québec qui ont lu attentivement ces deux précédentes versions
et ont suggéré des modifications et clarifications fort pertinentes. Les auteurs remercient aussi les Fonds
subventionnaires de la recherche au Québec pour leurs efforts et investissements en matière de consti-
tution de banques de données liées au financement et à la production des chercheurs au Québec. Les
statistiques issues de ces banques de données ont été essentielles pour la réalisation de notre recherche.
Introduction
« Publish or perish », ou en d’autres termes « publier pour exister », est une célèbre maxime, qui
en dit long sur l’importance de publier pour les chercheurs universitaires. Cette maxime aurait été
prononcée, pour la première fois, au début des années 1950, par un chercheur généticien de
l’Université Columbia, Kimball C. Atwood (Sojka et Mayland, 1993). Ironiquement, ce chercheur
n’avait aucune publication à son actif. En revanche, celui-ci avait, plus tôt que ses collègues,
senti venir deux évolutions, pour ne pas dire deux révolutions, concomitantes et qui plaçaient la
productivité des chercheurs au cœur des politiques de soutien à la recherche universitaire. Dans
la première évolution, les publications scientifiques, véhicule principal de diffusion des nouvelles
connaissances, deviennent progressivement un incontournable indicateur de performance scien-
tifique, non seulement pour les chercheurs, pris individuellement, mais aussi pour leurs structu-
res universitaires (département, université, etc.) d’appartenance et leurs équipes de recherche
(réseaux, consortiums, groupe, etc.). Dans la deuxième évolution, les organismes subvention-
naires de la recherche universitaire ont été, au même titre que les autres organismes publics,
exposés à des exigences d’optimisation des ressources les amenant à ajuster leurs stratégies et
critères d’attribution du financement à la recherche universitaire. Dans cette dynamique, le lien
entre les intrants et les extrants de la recherche subventionnée émerge comme un enjeu d’intérêt
stratégique pour les décisions publiques ayant une portée sur l’innovation et la performance.
Dans ce cadre, de nombreux évaluateurs et analystes des politiques scientifiques se sont inté-
ressés à la productivité scientifique des chercheurs, et en ont fait un paramètre de mesure du
rendement des investissements publics consentis au profit de la recherche scientifique (Marinova
et Newman, 2008; Adams et Griliches, 1998; Fox, 1983; Auranen et Nieminen, 2010). L’intérêt
pour les publications s’est étendu aux articles publiés en collaboration, celle-ci étant encoura-
* Professeur à l’École nationale d’administration publique, directeur du Centre de recherche et d’expertise en évaluation, Université
du Québec.
** Au moment de la réalisation de la présente recherche, il était coordinateur de l’équipe Expertise recherche Québec (ERQ)
(www.erq.gouv.qc.ca), ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation du Québec. Depuis peu, il est
analyste en données et statistiques portant sur la recherche à l’Université du Québec.
*** Analyste en données recherche, science, technologie et innovation (RSTI), équipe Expertise recherche Québec, ministère du
Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation du Québec.