Journal sur l’identité, les relations interpersonnelles et les relations intergroupes Journal of Interpersonal Relations, Intergroup Relations and Identity Volume 3, Hiver/Winter 2010 64 Nous étions, donc nous sommes: le rôle de l’appropriation d’une représentation historique pour définir clairement son identité collective RAPHAËL GANI Université de Montréal L’histoire est essentielle à la définition d’une identité collective (Hammack, 2008). La théorie de la clarté de l’identité collective (Taylor 1997, 2002) souligne que le rappel de l’histoire est essentiel aux membres d’un groupe pour définir clairement leur identité collective et aspirer au bien-être collectif. Par contre, cette théorie ne propose pas de processus expliquant comment le rappel de l’histoire parvient à clarifier la définition d’une identité collective. Pour combler cette lacune, nous présentons un nouveau modèle théorique qui intègre le concept de l’appropriation d’une représentation historique à la théorie de la clarté de l’identité collective. Nous postulons qu’une représentation historique doit susciter une forte appropriation afin de clarifier la définition d’une identité collective. Mots-clés : histoire, identité collective, représentation historique, clarté, appropriation History is essential to define a collective identity (Hammack, 2008). Collective identity clarity theory (Taylor, 1997, 2002) postulates that knowledge of history gives an individual access to a clearer vision of his or her collective identity and increases collective esteem. However, this theory does not explain the process by which knowledge of history clarifies a collective identity. We present a new theoretical model that integrates the concepts of appropriation of an historical representation to Collective identity clarity theory. We postulate that it is a strong appropriation of the content of an historical representation that clarifies a collective identity. Keywords: history, collective identity, historical representation, clarity, appropriation « Nous ne serons jamais plus des hommes, si nos yeux se vident de leur mémoire. » – Gaston Miron L’histoire de cet article est riche, remplie des critiques et sugestions de Roxane de la Sablonière, Émilie Auger et Fabrice Pinard St-Pierre, que je tiens à remercier tout particulièrement. L’équipe du JIRIRI a fait un travail remarquable, merci encore. Enfin, merci à ma petite famille, Marie et bébé Éloi, vous êtes la plus belle partie de mon histoire. Toute correspondance concernant cet article doit être Les groupes possèdent une longue histoire (Ashmore, Deaux, & McLaughlin-Volpe, 2004; Bellehumeur, Tougas, & Laplante, 2009) et c’est particulièrement le cas de ces groupes ou nations qui adressée à Raphaël Gani, Université de Montréal (courriel : raphael.gani@umontreal.ca). feront l’objet du présent article. Or, il a été démontré que les individus au sein d’un groupe n’envisagent pas l’histoire de la même manière (Andrès & Bouchard, 2008; de la Sablonnière, Auger, Taylor, Crush, & McDonald, 2010; de la Sablonnière, Taylor, Perozzo, & Sadykova, 2009; Gergen, 2005; Huang, Liu, & Chang, 2004; Licata, Klein, & Gély, 2007; Liu & Hilton, 2005). De grands débats sociétaux (p.ex. débats sur l’identité nationale en France et sur la reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham au Québec) illustrent la présence de plusieurs représentations historiques au sein d’un même groupe. Chaque représentation historique met l’emphase sur certains faits historiques afin d’expliquer l’origine d’un groupe (Liu & Hilton, 2005; Hammack, 2008). Ainsi, tous les membres d’un groupe n’utilisent pas la même représentation historique pour définir leur identité collective.