4 ETUDES TSIGANES 4 ETUDES TSIGANES Les Roms d’Europe centrale et orientale, en particulier ceux de Roumanie, sont devenus une figure récurrente, pour ne pas dire omniprésente, de l’imaginaire européen post-1989. Qu’en dire de plus, ou de nouveau ? Le « sujet » semble lar- gement traité, au point qu’il ne suscite plus tant la curiosité du grand public que l’affliction, la commisération ou, c’est selon, le rejet, parfois violent. Le temps de l’analyse serait passé, il faudrait désormais agir, d’après un constat devenu évi- dent : les Roms seraient des Européens étrangers à leur continent, non-intégrés aux sociétés majoritaires, victimes séculaires des dysfonctionnements politiques, économiques et sociaux secouant la vieille Europe. L’histoire des Roms roumains, de ce point de vue archétypale, apparaît ainsi comme celle d’un rejet permanent dont l’incarnation objective et patente serait la situation socio-économique actuelle, très largement problématique. Après cinq siècles d’esclavage dans la Roumanie féodale et les temps troublés du premier XX ème siècle (dont la déportation en Transnistrie), le régime communiste aurait œuvré à leur assimilation forcée. Pour finir, ces vingt dernières années verraient ressurgir un anti-tsiganisme virulent. Tel est le constat partagé depuis 1990, deve- nu même hypothèse de travail dans bien des analyses relatives à cette « popula- tion ». Roms et Roumanie entrent immédiatement en résonance, pour mobiliser des images de pauvreté, de marginalisation, de discrimination… et incarner in fine une altérité négative, tout à la fois intime (elle s’accole et/ou se fond dans l’image- rie locale relative aux Tsiganes-Gitans-Bohémiens) et exotique : il s’agit de cette autre Europe, avant-hier sous influence ottomane, hier communiste et, depuis 20 ans, « en transition ». Les travaux ici publiés témoignent du fait qu’il est possible de dire bien d’autres choses des Roms et de la Roumanie. La dégradation des conditions de vie au cours des vingt dernières années (paupérisation qui ne concerne bien entendu pas que les Roms) et le racisme institutionnel et/ou populaire sont incontestable- ment des réalités, quotidiennes ou occasionnelles selon les situations. Ces faits n’en constituent néanmoins pas l’alpha et l’oméga structurant des conditions d’existence des intéressés. Les études fouillées et récentes sur les réalités roms roumaines demeurent mal- heureusement peu accessibles, le sens commun médiatiqueles ignore. Cette publi- cation dans une revue à la croisée des lectorats (scientifiques, étudiants, tra- vailleurs sociaux et curieux s’y retrouvent) permettra, on l’espère, d’œuvrer à une meilleure compréhension des situations, passées ou actuelles, tout en invitant à aller plus loin. Puisqu’il ne saurait s’agir que d’une introduction à un vaste champ de recherches, couvrant divers domaines. Les articles proposés ne suivent d’ailleurs pas une ligne thématique unique. Leurs auteurs (historiens, sociologues, géographes, anthropologues, ethnomusico- PRÉAMBULE * Responsable du numéro. Ethnologue, Docteur de l’Université Paris X. Nanterre Martin Olivera * { ROMS DE ROUMANIE : LA DIVERSITÉ MÉCONNUE ÉTUDES ET PERSPECTIVES 03 Intro ET 38 page 4-7:maquette 15/06/2010 12:39 Page 4