L'agenda médiatique de l'été 1992 est marqué par l'annonce de la
découverte de camps serbes en Bosnie. Rapidement, la nouvelle se
constitue en événement. Celui-ci est alimenté par une polémique sur
les faits, centrée sur la photographie d'un jeune homme qui fonc-
tionne comme preuve des camps. Il est également porté par un débat
sur le nom qu'il conviendrait de donner aux camps eux-mêmes
(“camps de concentration”, “camps de la mort”, “camps de déten-
tion”, “camps de prisonniers”…). L'analyse des dénominations et de
leurs emplois métadiscursifs révèle la valeur argumentative du
lexique, qui, dans le cas présent, s'appuie sur le poids de déjà-dit qui
habite les mots. Autour de l'événement « découverte des camps
serbes en Bosnie », se déploient des thèmes essentiels de la guerre
yougoslave de 1991-95 (thème de la manipulation de l'information,
question de l'intervention des pays occidentaux…). Cet événement,
parmi d'autres mais de façon particulièrement intense, illustre la
vivacité des débats sur la question du caractère comparable, ou non,
des faits historiques. La présente étude met en lumière ces faits de
discours, à travers l'analyse des paroles de locuteurs variés (hommes
politiques, diplomates, journalistes, chercheurs et intellectuels, mili-
tants…), principalement telles que la presse s'en est fait l'écho.
Alice Krieg
EA 3119 Céditec (Centre d’étude des discours, textes, écrits,
communications) - Université Paris XII, Val de Marne
La dénomination comme engagement
Débats dans l'espace public
sur le nom des camps découverts en Bosnie
© Langage et société n° 93 – septembre 2000