55 Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, 2005, N°66, p. 55-64 Résumé : Cet article a pour objectif de faire une comparaison entre les fonctions du noyau central d’une représentation sociale et celles du centre- ville dans la représentation de la structure urbaine. Une carte mentale a été présentée à un échantillon de 236 personnes sélectionnées en fonction de leur ville de résidence (Le Havre / Rennes) et de leur inscription résidentielle dans la ville (degré de valorisation de l’espace urbain). Les résultats mettent en évidence le rôle des facteurs environnementaux sur la construction d’une représentation sociale et soulèvent l’hypothèse que la centralité constitue le noyau central de la représentation de la ville. Mots-clés : représentation sociale, noyau central, représentation de l’espace urbain, centralité. Les recherches sur la représentation de l’espace ur- bain sont foisonnantes, notamment depuis les tra- vaux de Lynch (1960) sur l’image de la cité. L’auteur fait passer des cartes mentales à des sujets de trois grandes villes américaines et soumet l’idée que la lisibilité de la ville, c’est à dire la facilité d’organiser l’espace urbain en un schéma clair et cohérent, s’ex- plique par l’agencement de cinq éléments de base : les voies, les limites, les nœuds, les quartiers et les points de repère. Il n’étudie que l’aspect structurel de l’image d’un lieu en négligeant les dimensions de l’identité et de la signification. Des travaux ulté- rieurs insistent sur le poids des significations véhicu- lées par l’environnement dans la compréhension de ses interrelations avec l’individu (Ledrut, 1973 ; Jodelet, 1982 ; Bonnes et Secchiaroli, 1983 ; Fischer, 1992). Pour Ledrut (1973), la lisibilité d’une ville ne peut pas être ré- duite à ses simples caractéristiques physiques ; elle est aussi le fruit des expériences et des significations accordées à ces différents lieux. L’espace n’est alors plus réductible à l’agencement d’éléments discrets, il devient le contexte socioculturel de pratiques so- ciales qui charge de valeurs et de significations les stimuli physiques et les informations (Jodelet, 1982). Suite à l’étude princeps de Milgram et Jodelet (1976) sur les représentations de Paris, Jodelet (1982) mon- tre que l’espace peut faire l’objet de représentations sociales et que la représentation d’un lieu doit aussi être étudiée sous l’angle des représentations sociales. L’environnement urbain est appréhendé comme un espace social et les représentations spatiales sont étu- diées comme des représentations sociales. Elle parle de représentations socio-spatiales pour désigner les représentations partagées par des groupes sociaux relatives à un espace. L’auteur met en évidence la désirabilité sociale de certains arrondissements et, à l’inverse, le rejet résidentiel d’autres arrondisse- ments. Les espaces qui font l’objet d’une catégori- sation positive sont les arrondissements centraux de Paris (Ier au VIIème), le cœur historique de la ville, et les arrondissements qui font l’objet d’un rejet ré- sidentiel sont les arrondissements périphériques. Ce schéma qui oppose les notions de centre et de pé- riphérie intéresse Bonnes, Mannetti, Secchiaroli et Tanucci (1990) dans le cadre d’une recherche menée sur la représentation de Rome. Les auteurs déve- loppent un modèle d’analyse inter-lieux qui stipule que les différents lieux qui composent la ville sont gouvernés par des rapports hiérarchiques qu’il con- vient d’analyser pour étudier les comportements individuels et sociaux dans chacun de ces lieux mais aussi dans l’ensemble de la ville. Ces rapports hiérarchiques sont à l’origine de relations d’inclu- sion et d’exclusion spatiales entre ces éléments. Les auteurs découpent la ville en fonction du centre, de la périphérie et des quartiers. Dans cette orga- nisation hiérarchique, c’est le centre qui constitue le lieu privilégié, investi par les plus hautes valeurs urbaines. Leurs observations corroborent celle de Jodelet (1982) sur l’importance du centre-ville dans la construction de la représentation de la ville : il y a une correspondance entre la représentation de la ville et son histoire. Ce sont les quartiers centraux qui assurent la continuité historique de la ville, qui font l’objet d’une forte désirabilité sociale (ce sont Le centre-ville est-il le noyau central de la représentation sociale de la ville ? Dorothée MARCHAND Laboratoire de psychologie environnementale (CNRS UMR 8069), Université René Descartes Paris 5 Pour toute correspondance relative à cet article, s’adresser à Dorothée Marchand, Laboratoire de psychologie environnementale, Université René Descartes Paris 5, Institut de psychologie, 71 avenue Édouard Vaillant, 92774 Boulogne-Billancourt CEDEX, France ou par courriel <marchand@univ-paris5.fr>.