Cahiers Glotz, XV, 2004, p. 219-236 ANTONY HOSTEIN MONNAIE ET DAMNATIO MEMORIAE : PROBLÈMES MÉTHODOLOGIQUES (I er -IV e SIÈCLE APRÈS J.-C.) * * Il m’est agréable de remercier Arnaud Suspène et Stéphane Benoist pour leurs remarques judicieuses qui m’ont permis d’amender et d’améliorer mon texte sur bien des points. Bien entendu, selon la formule convenue, toutes les erreurs sont miennes. Abréviations utilisées : RIC = H. Matingly et al., The Roman Imperial Coinage, 9 vol., Londres, 1923-1981. RIC I 2 = C. H. V. Sutherland, The Roman Imperial Coinage, 1, Londres, 1984 (nouv. éd.). RPC I et II = Roman Provincial Coinage : Volume 1. From the death of Caesar to the death of Vitellius (44 BC-AD 69), 1. Introduction and Catalogue; 2. Indexes and Plates, A. Burnett, M.Amandry, P. P. Ripollès éd., Londres-Paris, 1992. Volume 2.From Vespasian to Domitian (AD 69-96), 1. Introduction and Catalogue ; 2. Indexes and Plates, A. Burnett, M. Amandry, I. Carradice éd., Londres-Paris, 1999. SNGCop = Sylloge Nummorum Graecorum.The Royal Collection of Coins and Medals, Danish National Museum, 42 vol., Copenhague, 1953-1969. SNGParis = Sylloge Nummorum Graecorum : France 2. Cilicie, E. Levante, Paris, 1993. France 3. Pamphylie, Pisidie, Lycaonie, Galatie, E. Levante, Paris, 1994. France 5. Mysie, E. Levante, Paris, 2001. SNGvAulock = Sylloge Nummorum Graecorum. Deutschland. Sammlung von Aulock, Berlin, 1957-1968. Von Aulock, Index = P. R. Franke, W. Leschhorn, A. U. Stylow, Sylloge Nummorum. Deutschland. Sammlung von Aulock Index, Berlin, 1981. 1 Il s’agit bien d’une expression apparue à l’époque moderne et donc inconnue des Anciens. Si les Romains ont inventé de facto une procédure, ils n’ont créé aucun concept englobant pour la désigner. Ils employaient seulement l’adjectif damnatus pour qualifier un personnage ayant subi ce sort (appelé aussi hostis publicus) ou abolitio memoriae pour désigner le phénomène. Sur la question de la damnatio, voir l’ouvrage, ancien mais non remplacé à ce jour, de F.Vittinghoff, Der Staatsfeind in der römischen Kaizerzeit. Untersuchungen zur “damnatio memoriae”, Berlin, 1936. Détruire les images ou effacer le nom d’un dirigeant pour signifier sa déchéance constituent des procédés relativement courants dans l’histoire des sociétés humaines. Il suffit de penser au sort subi récemment par les portraits de Saddam Hussein pour s’en rendre compte. Ce qui en revanche demeure exceptionnel, c’est l’institutionnalisation du phénomène. Les Romains furent les premiers (et les seuls quasiment) à faire de cette procédure « spontanée », contrôlée de manière informelle, une procédure réglée par le droit. Jamais, cependant, ils ne lui donnèrent de nom particulier. Ce sont les savants de l’époque moderne qui forgèrent le concept encore en usage aujourd’hui : celui de damnatio memoriae 1 .