Chapitre 2 La coopérative et ses engagements : de la responsabilité au militantisme, par Stéphane Jaumier et Vincent Javicoli Du fait que ses statuts apportent des réponses pragmatiques à certains problèmes concrets, la coopérative est parfois envisagée comme une simple opportunité à visée pratique. Cela peut par exemple être le cas s’agissant de la transmission d’entreprise, la reprise par les salariés étant alors considérée comme une possibilité d’organiser la succession du dirigeant. Cet intérêt pour les propriétés fonctionnelles du statut coopératif peut faire oublier que le mouvement coopératif se veut avant tout porteur de valeurs. L’Alliance Coopérative Internationale définit ces valeurs comme « la prise en charge et la responsabilité personnelles et mutuelles, la démocratie, l’égalité, l’équité et la solidarité ». Comment faire en sorte, pour reprendre les termes mêmes d’une coopératrice, que « l’important » – les statuts de la coopérative et les modalités de leur mise en œuvre – ne prenne le pas sur « l’essentiel » – les valeurs que la forme coopérative entend faire vivre en son sein et promouvoir vis-à-vis de la société ? En s’appuyant sur de nombreuses études de cas, le présent chapitre donne un aperçu de la façon dont les valeurs coopératives peuvent être comprises, mises en œuvre et promues. Il donne à voir une multiplicité de formes d’engagements possibles, qui vont de la responsabilité sociale jusqu’à l’anticapitalisme militant, en passant par le souci de la durabilité des produits, l’attention au développement local ou encore la promotion de pratiques socialement innovantes. En engageant ainsi un dialogue entre les valeurs affichées du mouvement coopératif et les de celles et ceux qui se proposent de les incarner, ce chapitre vise à permettre une meilleure appréhension de la spécificité du monde coopératif. Il se compose pour cela de trois parties : la première passe en revue les valeurs affichées par le mou- vement coopératif, la deuxième présente les positions du monde coopératif vis-à- vis du capitalisme et la troisième propose des modèles possibles d’articulation des