Les techniques de l’estampage et du métal repoussé apparaissent dès l’âge du Bronze pour réaliser des sceaux ou des bijoux. Elles consistent à imprimer sur une feuille de métal ductile le motif d’une matrice. Pour la technique de l’estampage, celle-ci est creuse et la feuille de métal est travaillée soit directement, soit indirectement par percussion, en interposant une feuille de plomb plus large. Dans la technique du métal repoussé, le motif de la matrice est généralement en relief. Cette technique est utilisée en dinanderie et chaudronnerie. Contrairement à la fusion et à l’incision, il n’y a pas de perte de métal. Les motifs rayonnants et autres arceaux concentriques apparaissent très tôt et sont largement et rapidement diffusés dans l’espace méditerranéen. La rosette, d’origine orientale (notamment des bijoux mycéniens en or de forme et taille semblables à celles découvertes en Corse), est encore très présente au premier âge du Fer. CHRONOLOGIE DE LA PRÉHISTOIRE RÉCENTE DANS LE SUD DE LA FRANCE ACQUIS 1992-2012 /ACTUALITÉ DE LA RECHERCHE 10e Rencontres Méridionales de Préhistoire Récente Ajaccio – 18/20 octobre 2012 Jean GRAZIANI - LISA UMR 6240 - Università di Corsica Hélène PAOLINI-SAEZ - Laboratoire Régional d’Archéologie Kewin PECHE-QUILICHINI - LAMPEA UMR 7269 - Université de Provence Florian SOULA - LAMPEA UMR 7269 - Université de Provence La technique du métal repoussé durant la Protohistoire mise en évidence par la découverte fortuite de quatre « salières » en Corse N Torra à 10 m EBOULIS SUPERFICIEL LIMITE APPROXIMATIVE DU DECAPAGE Casteddu di l'Ariale (Sartène, Corse-du-Sud) Plan des vestiges construits de la terasse nord-est 1 carreau = 1 mètre LA SALIERE DE L’ARIALE (Sartène) - n° 3 L’élément n° 3 a été découvert en surface, à l’intérieur d’une habitation (du Bronze moyen ?) du site de Casteddu d’Ariale (Sartène) lors de récentes prospections. Il s’agit d’un objet incomplet (brisé) d’une longueur de 5 cm pour 10 mm d’épaisseur environ, obtenu par polissage dans stéatite dont la provenance pourrait être le secteur de Bocca Albitrina/Punta di Maratu, à quelques kilomètres à l’est. Complet, il était probablement de forme ovoïde aplatie. Trois motifs similaires y ont été gravés, deux de façon mitoyenne d’un côté, et le dernier de façon isolée, de l’autre. Le thème récurrent de ces incisions, profondes de quelques millimètres, est décomposable en trois éléments. Le premier est un anneau périphérique de forme strictement circulaire dont le diamètre devait approcher les 20 mm. Le deuxième est un ombilic négatif creusé au centre de ce cercle. Le troisième est constitué d’un ensemble de gravures (8 ?) associées pour former des rayons radiaux en forme de virgules. L’ensemble évoque une roue de charrette ou de moulin à eau (un peu à la manière d’un swastika), voire à un thème solaire. L’objet en portait peut-être plusieurs autres. La recherche de symétrie n’a semble-t’il pas constitué une priorité. Il est probable que ces incisions ont été réalisées au moyen d’outils métalliques tranchants ou pointus, notamment d’un compas pour les motifs circulaires. LA SALIERE DE MURTOLI (Sartène) - n° 4 L’exemplaire est un objet rectangulaire de 72 mm de longueur, 35 mm de largeur et une épaisseur variant de 17 à 21 mm. Une extrémité possède une forme arrondie inégale avec quelques marques d’enlèvement. Les autres faces sont plus régulières hormis la partie proximale, légèrement bosselée, permettant la tenue de l’objet en position verticale. Dans cette position la salière prend l’aspect d’une stèle miniature. La matière première semble appartenir à la large famille des roches vertes, relativement tendre et peu dense (stéatite ?). La salière est travaillée sur quatre côtés ; elle compte six excavations circulaires, dont cinq avec des rendus incisés très soignés et une sixième à laquelle il manque les détails décoratifs, un brouillon et une ébauche "de brouillon". Parmi ces excavations, trois d’entre elles sont décorées de motifs rayonnants qui prennent la forme de triangles en bas relief (10 ou 11). Ces concavités sont soulignées par une rigole de 1 mm de largeur puis entourées d’un rebord. Les deux autres excavations ont un schéma décoratif différent : à partir d’un point central le cercle est divisé en 4 ou 6 parties égales formant des camemberts décorés sur leur partie supérieure par deux demi-cercles concentriques. La sixième excavation n’est pas décorée, on y aperçoit quelques incisions irrégulières de façonnage. Le brouillon se localise sur une épaisseur. Il est composé d’un point central légèrement excisé, d’un cercle ovalaire au diamètre irrégulier (de 14 à 18 mm) dans lequel se trouvent des incisions semblant diviser la zone en quartiers. Salière de Murtoli Salière de L’Ariale Cliché macroscopique de la salière de L’Ariale Principe du repoussé LA SALIERE DE SPELONCATO - n° 2 Fragment de matrice ramassé en surface près du village de Speloncato, en pierre noire à grain fin, dont les deux faces sont utilisées. Sur la face A, deux matrices décorées A1 et A2 et une troisième A3 qui n’est qu’ébauchée, A2 est brisée en son milieu ; sur la face B, deux matrices, B1 et B2, cette dernière est brisée. Les matrices sont en creux et se présentent sous la forme d’une coupelle d’environ 15 mm de diamètre entourée d’une incision en replat formant collerette d’environ 3 mm de largeur. A1 : cercle d’environ 19 mm de diamètre incisé sur 0,4 mm de profondeur. Au centre, la coupelle de 15 mm de diamètre porte un décor complexe : une rosette à 11 pétales organisés autour d’un cœur rond et creux ; le onzième pétale a été visiblement rajouté pour équilibrer le motif. Autour, 9 arceaux incisés sont disposés sur le pourtour décoré d’un grènetis crénelé. Un point figure entre deux arceaux. Sur le rebord extérieur, un triangle équilatéral de 2 mm de côté est creusé, permettant d’extraire facilement la feuille de métal une fois estampée. A2 : le rebord présente un décor assez proche de A1 ; même rebord plat et grènetis extérieur, mais pas d’arceaux. La rosette présente quatre pétales évidés dont les deux du milieu sont serrés et apparaissent comme un seul pétale bilobé en forme de cœur. L’état fragmentaire du décor ne permet pas de savoir si tous les pétales sont groupés de la sorte. A3 : d’un diamètre de 9 mm et d’une profondeur de 3,3 mm, ce n’est qu’une ébauche de coupelle. Au centre, un point très net, assez large et profond fait penser au cœur de la rosette A1. B1 : forme analogue avec un replat plus profond et un grènetis crénelé cernant la coupelle, dont le motif est profond de près de 4 mm par rapport au replat. 4 doubles arceaux incisés forment des demi-cercles et ménagent un motif cruciforme aux bras convexes. Au centre de ce motif se trouve un petit cercle qui contient une rosette à 5 pétales organisés autour d’un cœur rond et profondément marqué. Les arceaux en relief et la base du motif cruciforme sont segmentés et délimitent un demi-cercle au centre duquel se trouve un point incisé. Chaque bras de la croix porte un point au plus près du centre. B2 est entouré d’un profond replat et d’un grènetis crénelé. Brisé, il semble ne pas avoir été fini. Sur le pourtour, des incisions obliques orientées de gauche à droite en remontant. Au centre, un cercle de 5,7 mm de diamètre est profondément incisé ; une macrophotographie de ce motif révèle une croix très légèrement et finement incisée ainsi qu’un arceau, sans doute en prévision du motif projeté. L’objet, épais au maximum de 13 mm, se réduit à 1,7 mm dans la cassure de A2 en son point le plus faible. Salière de Speloncato (photo : D. Dainat, CERPT) LA SALIERE DE LOSARI - n° 1 Une pièce originale a été découverte fortuitement près de Losari (Palasca, Haute-Corse). En schiste gris, cette salière appartient à un type différent. Le motif obtenu par estampage est un ruban portant deux bandes quadrangulaires en relief. Ce motif permet d’obtenir un bandeau métallique plat orné de deux lignes parallèles en relief ou figure un élément d’un décor plus complexe. On retrouve par exemple cet élément de décor sur une salière du trésor de Mycènes. A1 B1 2 4 3 1