Les présupposés méthodologiques de l’atomisme : la théorie du continu de Nicolas d’Autrécourt et Nicolas Bonet Christophe GRELLARD Université Paris I (Panthéon-Sorbonne) Le problème du continu est de ceux qui cristallisent un certain nombre d’oppositions sur des questions fondamentales de philoso- phie naturelle. Cette notion se constitue aux frontières de la phy- sique et des mathématiques et vise à rendre compte de la structure de l’espace et du temps ainsi qu’à expliquer la nature du mouve- ment, et plus généralement du changement. Dans cette perspective, Aristote avait rejeté vigoureusement toute composition atomiste des grandeurs pour lui opposer l’idée d’une divisibilité à l’infini de tout continu et la nécessité d’un contact (c’est-à-dire, le fait d’être ensemble) entre les différentes parties du continu. Le Stagirite écar- tait ainsi outre la possibilité d’un atomisme physique, celle d’un ato- misme mathématique. C’est cette vision du continu qui, dans une large mesure, s’est imposée au Moyen Âge. On note cependant au XIV e siècle, tant à Paris qu’à Oxford, un regain d’intérêt pour les positions indivisibilistes, motivé sans doute par une insatisfaction face aux arguments aristotéliciens 1 . Dans une large mesure, cet ato- misme se contente de répondre aux arguments anti-indivisibilistes avancés par Aristote et ses successeurs. Cependant, si cet anti-aris- totélisme est constitutif de l’approche atomiste du continu, il est aussi révélateur d’une certaine approche des méthodes et du statut des sciences. Ce que l’on souhaiterait c’est, à partir des analyses ato- mistes du continu, dégager une certaine conception de la pratique scientifique au milieu du XIV e siècle, afin de poser quelques jalons pour la définition d’un « style atomiste ». 1. Cf. J.-E. Murdoch., « Naissance et développement de l’atomisme du Bas Moyen Âge latin », dans La science de la nature : théories et pratiques, Cahiers d’Études Médiévales, Bellarmin-Vrin, Montréal-Paris, 2 (1974), p. 11-32 : p. 30 : « On devrait sérieusement admettre la possibilité que quelques scolastiques aient été attirés par l’atomisme sim- plement parce que leur analyse fouillée des arguments aristotéliciens contre l’atomisme leur avait révélé l’insuffisance de ces arguments ».