108 Les graffitis comme image du rapport italien - dialecte chez les jeunes dans le contexte urbain à Cagliari (Sardaigne) 1. Considérations préliminaires Le but de notre étude est de montrer les issues linguistiques possibles dans un cadre de production particulier : les écrits muraux réalisés dans la ville de Cagliari, capitale régionale de la Sardaigne (Italie). Les caractères principaux à mettre en évidence dans l’analyse des graffitis sont, tout d’abord, le fait qu’ils sont exposés dans des lieux publics, et le fait qu’ils sont spécifiques des jeunes ; par conséquent, ces écrits peuvent disparaître assez rapidement ou subir des changements, des superpositions d’autres écrits. Du point de vue linguistique, l’emploi d’expressions vulgaires est très fréquent. L’italien et le sarde représentent les deux pôles d’un continuum se développant à travers les régionalismes lexicaux et morpho – syntaxiques qui intéressent la production en langue italienne, et les phénomènes d’alternance codique (code-switching intra- et interphrastique), jusqu’aux phénomènes de contact affectant le sarde, qui ne représente certainement pas un bloc invariable et qui se montre, au contraire, sujet à la variation (surtout dans la dimension diatopique) et à l’interférence de la langue nationale. Sur la base des graffitis récoltés dans l’aire urbaine de Cagliari (Italie), nous aborderons plusieurs aspects. Le premier concerne le rôle identitaire du sarde dans l’imaginaire des jeunes : en effet, le sarde est la principale langue régionale parlée dans l’espace national italien, et son emploi chez les jeunes est souvent motivé par un choix politique et identitaire. En ce qui concerne l’utilisation du sarde et de l’italien par les divers auteurs, nous tiendrons donc compte du rapport entre code employé et fonction pragmatique exercée par le choix linguistique. Deuxièmement, les graffitis peuvent être analysés du point de vue de la graphie, plus précisément comme expression d’écriture spontanée ; la dimension graphique se pose comme perspective d’analyse particulièrement intéressante, compte tenu du fait que le sarde n’a eu que très récemment une forme écrite standard pour les usages relatifs à l’administration Je n’aurais pu compléter mon travail sans l’aide de M. Murru et surtout G. Luca Sanna de Cagliari, qui a photographié et mis à disposition de mon archive plusieurs graffitis utilisés entre autres da cette présentation. hal-00535898, version 1 - 13 Nov 2010 Manuscrit auteur, publié dans "Actes du 132e Congrès du CTHS "Images et imagerie", Arles : France (2007)"