REFLEXIONS SUR LES NOMS DES PORTES URBAINES EN MESOPOTAMIE Laura Battini Paris C'est avec plaisir que je dCdie au Professeur Angel Garrido Herrero ces reflexions sur l'histoire et I'idCologie antiques en partant des noms des portes urbaines. Il s'agit d'un sujet qui n'a pas assez attire l'attention des chercheurs et qui va au-del8 de I'intCret purement descriptif de catalogues nominaux. En effet, les portes urbaines constituent un ClCment topographique important non seulement du point de vue moderne, mais surtout du point de vue antique. Le seul plan d'une ville qui est connu jusqu'h maintenant, celui de ~ i~~ur', inskre les portes parmi les points topographiques indispensables, avec les temples les plus importants et les cours d'eau, fleuve ou canaux. De meme, les quelques textes topographiques qui se sont conservCs citent souvent les noms des portes urbaines2. -La documentation est certes limitte par les fouilles comme par les textes. On connaft peu de portes urbaines et les textes qui en citent sont Cgalement peu nombreux. Pourtant, ne pas utiliser les matCriaux disponibles serait injustifie en considtration des donnCes actuelles. En outre, les portes permettent de mieux comprendre la topographie des villes mtsopotamiennes et I'idCologie qui est 8 la base de leurs noms. 1. LES CAS CONNUS Les textes qui mentionnent des portes urbaines sont de nature tr5s difftrente. Il s'agit de.documents officiels, privQ, d'kmdition ou littkraires. Les portes de Borsippa par exemple sont connues par des contrats, celles de Nuzi par des textes Cconomiques. En revanche, les portes de fir-Sanukin sont mentionnkes essentiellement dans les inscriptions royales, tout comme celles de Ninive. Dans certains cas, les noms des portes sont connus par plusieurs sources. C'est le cas des portes de Nippur citCes par un plan, par deux listes de taxes prtlevtes aux portes urbaines, par une liste lexicale et par un texte topographico-idiologique, le Nippur Compendium. C'est tgalement le cas d'ASSur, dont les portes sont mentionnCes dans les inscriptions royales, mais aussi dans un texte qu'on pourrait dCfinir topographico-idkologique, le ~otteradressbuch~. Parfois, les noms des portes sont connus par des sources de types differents selon les Cpoques: les portes de la Babylone de l'extreme fin du IIe millhaire av. J.-C. sont mentionnkes dans un texte topographico-idCologique ClaborC en milieu scribal. Celles de la Babylone nCo-babylonienne sont cittes par des lettres privCes. Les documents officiels reflktent de la manikre la plus claire la volontC royale d'utiliser les noms des portes en fonction de la propagande royale. Car ils sont en rapport 1 S. N. Krarner, Froni the Tablets of Sumer, Indiana Hill, 1956, p.273-275; McGuire Gibson, "Nippur, 1975, A Summary Report", Sunler 34, 1978, p.118-119. 2 Cf. A. R. George, Babylonian Topographical Te.1-ts, OLA 40, Leuven, 1992; Id., "Studies in Cultic Topography and Ideology", BiOr 52, 1996, p.363-395; B. Pongratz-Leisten. Ina Sulnli h b . Die kulttopographische und ideologische Progranrniatik der akitzr-Prozessiort in Babvlonien und Assvrien in1 I. Jahrtausend v.Chr., Mainz am Rhein, 1994. 3 Sur la difficult6 de definition de ce type de textes voir: A. R. George, Topographical Te-~ts, p.1-8, p.143, p.167.