Version initiale de l’article publié dans : Sexologies, Revue européenne de sexologie et de santé sexuelle Volume 18, Issue 4, Octobre - Décembre 2009, Pages 291-296 Sexology and Social sciences / La sexologie au regard des sciences sociales doi:10.1016/j.sexol.2009.09.004 1 MASTURBATION ET THERAPEUTIQUE : L’EXEMPLE DU TRAITEMENT DES AUTEURS D’AGRESSIONS A CARACTERE SEXUEL CEDRIC LE BODIC 1 Mots clés : Masturbation, Dépathologisation, Thérapeutique, Médicalisation, Normalisation, Epistémologie INTRODUCTION Historiquement, l’attention portée par les médecins à la question de la masturbation a connu ce qui s’apparente à une évolution linéaire. En effet, les historiens datent aux environs de 1710-1712 le premier texte faisant de la masturbation une pathologie au sens médical du terme et donc un comportement à traiter. Auparavant, celle-ci, constituait, au même titre que d’autres pratiques, une remise en cause des principes sacrés du mariage et de la génésie, par conséquent un pêché contre-nature 2 . Ces considérations nous intéressent particulièrement ici dans le sens où va suivre ensuite un double mouvement de sécularisation et de médicalisation de la morale. Moment conduisant à l’avènement de la scientia sexualis 3 . C’est dans ce contexte que paraît en 1758, 1760 en français, l’ouvrage du médecin Suisse, Samuel A. Tissot, intitulé L’onanisme ; ou dissertation physique sur les maladies produites par la masturbation. Les historiens s’accordent sur ce point pour désigner cet ouvrage comme celui qui orientera le plus le regard médical sur la masturbation durant les deux siècles suivants. Ils s’entendent aussi pour dater aux alentours des années 1930 un changement de paradigme relatif à la masturbation, où celle-ci sera peu à peu dépathologisée, pour devenir finalement normale. Il est courant de penser la médicalisation, prise au sens d’imposition du regard médical à l’individu malade ou non, comme un processus de normalisation. Selon Foucault, « la norme se définit non pas du tout comme une loi naturelle, mais par le rôle d’exigence et de coercition qu’elle est capable d’exercer par rapport aux domaines auxquels elle s’applique. La norme est porteuse par conséquent d’une prétention de pouvoir (…) c’est un élément à partir duquel un certain exercice du pouvoir se trouve fondé et légitimé (…) La norme porte avec soi à la fois un principe de qualification et un principe de correction. La norme n’a pas pour fonction d’exclure, de rejeter. Elle est au contraire toujours liée à une technique positive d’intervention et de transformation, à une sorte de projet normatif » 4 . Suivant cette référence foucaldienne, il est devenu possible de penser le pouvoir médical par l’expansion de la médecine hors de son champ d’exercice traditionnel. Cette médicalisation pouvant alors se traduire, mais pas uniquement, par un mouvement de pathologisation de certaines conduites. Dans ce cadre, et dans celui d’une recherche que nous débutons, nous envisageons d’étudier la manière dont la masturbation, considérée à partir du XVIII e siècle et pendant près de deux siècles 1 Docteur en psychologie, ingénieur de Recherches, Groupe d’échanges et de recherches sur la médecine et la santé en sciences humaines et sociales, MSH Ange-Guépin, Nantes. cedric.le- bodic@univ-nantes.fr. 2 Muchembled R., L’orgasme et l’occident, une histoire du plaisir du XVI ème siècle à nos jours, Paris, Seuil, 2005, p. 119. 3 Foucault M., Histoire de la sexualité, La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976. 4 Foucault M., Les anormaux, Cours au collège de France, 1974-1975, Paris, Gallimard-Le Seuil, 1999, p. 46. halshs-00449176, version 1 - 21 Jan 2010 Manuscrit auteur, publié dans "Sexologies. Revue européenne de sexologie et de santé sexuelle 18, 4 (2009) 291-296" DOI : 10.1016/j.sexol.2009.09.004