E. Pacherie — Représentations motrices, imitation et théorie de l’esprit: le cas de l’autisme p. 1 Pacherie, E. 1998. Représentations motrices, imitation et théorie de l'esprit. In H. Grivois & J. Proust (eds.) Subjectivité et Conscience d'Agir: Approches Cognitives et Cliniques de la Psychose , PUF, 1998, pp. 207-248. REPRÉSENTATIONS MOTRICES, IMITATION ET THÉORIE DE L’ESPRIT: LE CAS DE L’AUTISME Élisabeth Pacherie pacherie@ehess.fr Le syndrome de l’autisme infantile se caractérise par des déficits spécifiques dans les domaines de l’imitation, de la perception et de l’expression des émotions, de la mentalisation, de l’interaction sociale, de la planification et du contrôle de l’action, des aspects pragmatiques de la communication et du jeu symbolique. La question des liens possibles entre ces différentes perturbations vient immédiatement à l’esprit. Est-il possible de les faire toutes remonter à une cause neuropsychologique commune? Peut-on à tout le moins mettre en évidence des liens de causalité entre plusieurs des difficultés observées? Certes on ne peut totalement écarter d’emblée l’idée qu’il puisse s’agir d’une constellation accidentelle. Toutefois la thèse de l’accident paraît assez improbable. Notre vie mentale ne se laisse pas diviser en compartiments hermétiquement clos sur eux-eux-mêmes. Émotions, actions, mentalisation s’influencent réciproquement. Il paraît donc raisonnable d’attendre d’une théorie de l’autisme qu’elle rende compte autrement que par la thèse de l’accident de la coprésence des déficits qui en sont les caractéristiques majeures. La théorisation sur l’autisme présente ainsi un intérêt considérable tant pour les psychologues que pour les philosophes de l’esprit dans la mesure où elle les force à s’interroger sur les modes d’articulation possibles des théories particulières de tel ou tel aspect du fonctionnement mental, normal ou pathologique. S’il est vrai qu’existent des liens étroits entre la compréhension des états mentaux, le fonctionnement exécutif, l’appréhension des émotions et leurs troubles, les mérites de telle ou telle théorie particulière de la mentalisation, du fonctionnement exécutif ou des émotions ne sauraient être évalués uniquement à l’aune de leur capacité à rendre compte des phénomènes dont elles s’occupent pris isolément. Leur adéquation dépend encore de leur capacité à rendre compte des liens que ceux-ci entretiennent avec d’autres phénomènes. La symptomatologie caractéristique de l’autisme donne à penser qu’il existe des liens entre un certain nombre de perturbations fondamentales. Toutefois, elle ne manifeste pas clairement la nature de ces liens et, si l’on considère que ceux-ci sont causaux, la direction que prend cette causalité. Le problème que