17 Sciences cognitives : un programme de naturalisation de l’esprit La nature de l’esprit, les représentations mentales, l’intentionna- lité, la conscience, le raisonnement, le langage, la catégorisation • , la perception, l’action, la mémoire, les émotions ou encore les concepts sont depuis fort longtemps des objets privilégiés de réflexion philosophique. Les sciences cognitives s’intéressent à ces mêmes objets, mais en prenant pour hypothèse conductrice l’idée selon laquelle les phénomènes mentaux constituent une classe particulière de phénomènes naturels. Elles considèrent l’esprit comme un objet d’étude susceptible d’être abordé avec les méthodes des sciences de la nature et leur ambition est de comprendre et d’expliquer comment des processus physiques peuvent donner lieu à des phénomènes mentaux. Elles visent ainsi à se constituer en sciences naturelles de l’esprit et récusent l’idée d’une dualité irréductible entre le physique et le mental. Le problème n’est plus d’expliquer comment deux substances distinctes, l’esprit et la matière, peuvent interagir ou paraître inter- agir, mais d’expliquer comment des processus physiques peuvent donner lieu à des phénomènes mentaux. Leur stratégie explicative repose très largement sur une analyse fonctionnelle des états mentaux. Il est naturel de supposer que nos états mentaux sont des causes de nos comportements, qu’ils dépendent eux-mêmes en partie des stimulations sensorielles aux- quelles nous sommes soumis et qu’ils interagissent les uns avec les Naturaliser l’intentionnalité et la conscience Élisabeth Pacherie