1 Quel social pour l’assignation du genre par les médias ? Fabienne Martin-Juchat Gresec Texte de la conférence : Colloque « L'assignation de genre dans les médias », colloque organisé par le CRAPE, Sciences Po Rennes, 2012. Introduction Dans la continuité de la proposition de B. Latour (2006) qui invite les sociologues à opérer un tournant, marquant un dépassement des postures intellectuelles poststructuralistes, notre intention est, en quelques pages, d’inciter les SIC à défendre cette proposition pour l’étude des rapports entre genre et médias, en particulier parce que cette discipline assume implicitement cette posture depuis son institutionnalisation. En effet, B. Latour dissocie deux types de social nommés par commodité 1 et 2 (2006, p. 17) : le premier refroidi, routinisé, stabilisé dans des objets, des dispositifs et des techniques ; le second celui des associations subjectives, improbables, hétéroclites. Il importera dans un premier temps d’observer la manière dont les courants de recherche en SIC ont questionné ces deux types de social : le social fossilisé et le social en mouvement, puis ce que cela implique pour cette discipline d’incarner les réflexions de B. Latour quant à l’étude des rapports sociaux de sexe via les médias. A cet égard, le parti pris sera le suivant. Pour étudier le rapport entre le genre, concept engageant, et le social 2, il est nécessaire de désenfouir le récit d’un soi scientifique observant ce dernier. Ceci implique de se positionner à un niveau sociologique d’étude des pratiques des acteurs des sciences de l’information et de la communication : en particulier, les pratiques des critères de scientificité qui s’appuient, comme précédemment démontré par J. Jouët (2003), sur des stéréotypes et des croyances genrés de ce que doit être la science, en tant qu’ingénierie sociale engendrée par l’État. Pour saisir le social 2, nous soumettrons au débat les questions suivantes : afin de comprendre une étude sur les pratiques de réception médiatiques des rapports sociaux entre sexes, doit-on savoir la manière dont s’est construit le rapport pulsionnel ou plus globalement émotionnel du chercheur aux médias ? Le scientifique se doit-il d’interroger en quoi son rapport genré aux médias a conditionné ou non la construction de sa posture scientifique ? En effet, la science n’est pas la connaissance et les scientifiques sont aussi des acteurs. La science n’est-elle qu’un miroir de figures dont la couleur psychanalytique est le masculin ? Selon J. Butler (2007), l’apparition de la conscience mentale de soi se fait dans une relation de pouvoir basée sur la domination, un assujettissement qui permet la naissance d’un dialogue intérieur. Peut-on dire la même chose de la culture scientifique ? Si la réponse est affirmative, quel degré d’exigence est-il possible de construire quant aux implicites de la posture scientifique, en particulier quand l’objet choisi est nécessairement éprouvant, comme l’est la construction sociale du genre par des dispositifs que sont les médias ? Les degrés d’exigence que nous proposerons seront les suivants : il importe de développer une humilité intellectuelle, afin de dépasser les stéréotypes d’opposition entre naturalisme et culturalisme, dans la continuité de la proposition de P. Descola (2011). À ce propos, les SIC sont à même d’incarner cette exigence, l’ayant argumenté à propos des TIC et des médias depuis plus de vingt ans. Cette distinction ne renvoie plus qu’à une volonté académique de