In Hugues Le Paige (ed.), Le désarroi démocratique. L’extrême droite en Belgique, Bruxelles, Labor, 1995, pp. 81-101. 81 Electeurs et militants Des profils incertains Pascal DELWIT Introduction « Les partis traditionnels face à la marée du vote-rejet » 1 , « La Belgique sous le choc » 2 , les titres de plusieurs quotidiens et périodiques belges d’expression française n’ont pas manqué, au lendemain des élections européennes du 12 juin 1994, de relayer tout à la fois l’événement et la crainte inspirés par le résultat des listes d’extrême droite à l’occasion de cette échéance. En remportant 216 872 voix lors de ces élections, les listes du Front national et d’Agir ont, en effet, atteint leur meilleur score tandis que le Vlaams Blok faisait de même en remportant 461 350 suffrages. Ce résultat a permis à l’extrême droite francophone d’émerger largement à l’avant- plan de la scène politique et médiatique belge 3 . Pourtant, ce succès n’était ni surprenant, ni inattendu. Il se situait dans la lignée d’une progression régulière depuis les élections législatives de 1985, au cours desquelles le Front national s’était pour la première fois présenté. 1 Le Soir, 14 juin 1994. 2 La Dernière heure, 13 juin 1994. 3 Le 14 juin déjà, le docteur Féret, président du Front national, était interrogé par La Dernière heure sous le titre : « L’Homme qui fait peur » tandis que le même jour, La Libre Belgique faisait du score obtenu par l’extrême droite sa page événement. Quelques semaines plus tard, Daniel Féret débattra, sur RTL-TVI, avec Gérard Deprez.