L’OULIPO DANS L’HISTOIRE DES GROUPES ET MOUVEMENTS LITTERAIRES : UNE MISE EN PERSPECTIVE Camille BLOOMFIELD En ces temps de célébration du cinquantième anniversaire de l’Ouvroir – ou plutôt de son cinquième millénaire, selon le calendrier oulipien – il semblait important de recontextualiser le propos et de tenter une mise en perspective qui resituerait l’Oulipo à la fois dans une histoire, et dans une sociologie, celle des groupes et des mouvements littéraires. Certains s’opposeront d’emblée à une telle approche: « l’Oulipo n’est pas un mouvement », ou encore « ce n’est pas un groupe littéraire puisqu’il est aussi composé de mathématiciens », pourra-t-on m’oppo- ser. Une telle démarche, il est vrai, implique un certain nombre de présupposés qu’il s’agit au préalable d’expliciter et de justifier. En effet, c’est en tant que groupe littéraire avant tout que l’Oulipo est à l’honneur cette année, et c’est en tant que tel qu’il a traversé l’histoire. On entendra par « groupe littéraire », provisoire- ment, tout regroupement volontaire et conscient d’écrivains autour d’un projet littéraire, constituant une entité plus restreinte et plus définie que le « mouve- ment ». Si l’Oulipo existe encore malgré, par exemple, la mort de Queneau en 1976 ou la mort de Le Lionnais en 1984, c’est avant tout parce qu’il est né d’un regroupement de personnes, et que ce regroupement a permis, à certains moments cruciaux de son histoire, de perdurer malgré tout. Aussi, c’est à ce phénomène collectif que l’on s’intéressera, un phénomène dont les réalisations possibles dans le champ littéraire sont nombreuses : mouvements aux contours humains et géo- graphiques flous, comités de rédaction d’une revue à la cohésion forte, écoles constituées autour d’une personnalité charismatique, groupes d’écrivains publiés