90 ACTUALITÉ ARCHÉOPAGES 35 OCTOBRE 2012 91 lithique, la péciicité du site réside également dans la présence de retes fauniques bien conservés, un calage tratigraphique cohérent ainsi qu’un excellent état de conservation. Le locus 28 704 appartient à une période chronologique charnière pour laquelle les témoignages sont à ce jour très ténus en Haute-Normandie, la transition entre le Dryas récent et le début du Préboréal. Cette occupation tardiglaciaire de la vallée de la Seine présente une prodution lithique singulière dont les grandes tendances se retrouvent dans les faciès culturels contemporains (épi- Ahrensbourgien, Belloisien, Laborien), mais auxquels viennent s’ajouter des éléments de diagnoses très intéressants, voire inédits en France. L’état de conservation remarquable du locus, lié au contexte tratigraphique de berge, permet une leture ine de la répartition patiale des vetiges. Elle forme une concentration formant un cercle presque parfait de 7 m de diamètre auquel se grefe, au nord-et, une zone de rejet de 8 m² qui referme une grande majorité des retes fauniques. Au sein du cercle, légèrement décentré vers l’et, les occupants ont abandonnés une enclume ainsi que le percuteur qui semble avoir servi à fraturer des os comme le montrent les nombreux tigmates de fraturation intentionnelle. Seul le genre Bos et à ce jour déterminé dans le petre faunique. Mais la découverte d’un fragment de bois de renne vient alimenter la quetion de la présence de cet animal au nord de la France après 12 300 avant notre ère (Fontana, 2012). Toujours au centre du cercle, les amas de tailles ont été déplacés, poussés sur les bords et créant d’incontetables efets de paroi dont les limites viennent étayer l’hypothèse de la présence d’une truture d’habitat. Tente, hutte ou auvent, l’étude patiale des vetiges (en cours) permettra peut-être d’apporter des réponses. Au nord-et du locus, sont identiiés deux potes de débitage renfermant les déchets de diminution d’un nucléus laminaire (successions de tablettes et de produits d’entretien). Cet objetif de taille et un caratère chronoculturel important et se traduit par la présence conjointe d’une prodution de grandes lames régulières et de petites armatures issues d’une prodution de lamelles. Les premières, de grandes dimensions, semblent avoir été utilisées brutes ou parfois transformées en outils. Les secondes sont réservées à la fabrication d’armatures de traits. Leur obtention au percuteur de pierre tendre demande une bonne getion du volume et des procédés techniques élaborés, ce dont témoignent les nombreux remontages. Ce mode de débitage révèle un savoir-faire technique élevé, avec des objetifs précis pour la prodution de supports laminaires tandardisés. Ces caratères rappellent ceux du site du Buhot à Calleville, situé dans la même région (Biard, Hinguant, 2011). L’outillage et représenté en priorité par les grattoirs dont l’étude tracéologique (en cours) viendra sans doute conirmer l’utilisation pour le travail de la peau. Les pièces esquillées sont elles aussi bien représentées et une étude expérimentale et également prévue ain de reproduire les tigmates et comprendre l’utilisation de ces pièces. Quant aux armatures, elles sont de types inédits à ce jour en Normandie, associant des bi-troncatures et des pointes des Blanchère. Les premières sont réalisées sur des lames ines et régulières aux bords parallèles et à proil retiligne et présentant deux troncatures obliques ou droites. Les secondes réclament comme support des lamelles étroites et retilignes et présentent un dos droit efetué par retouche croisée. Cette association d’armatures a été récemment observée sur des sites de l’Ouet de la France (Naudinot, Jacquier, 2009) et la découverte d’Alizay témoigne de son extension. Insitant sur l’homogénéité de l’assemblage lithique du site et son état de conservation, ce premier survol de l’indutrie lithique évoque une prodution en tout point singulière. Outre les caratères décrits, la volonté des tailleurs de produire des lamelles étroites les conduit parfois ainsi à l’emploi opportunite de nervures à partir d’éclats ou de portions de grandes lames pour produire ces supports et non pas à la seule rédution de nucléus aux volumes souvent limités. Ce sont ces lamelles qui sont ensuite utilisées pour la fabrication de microlithes. Ces caratères originaux alimentent notre connaissance sur les groupes de la in du Paléolithique et de la naissance du Mésolithique, la position tratigraphique du locus plaçant l’occupation à l’interface entre le Dryas récent et le Préboréal. Une première datation au 14 C vient d’ailleurs conirmer le caratère transitoire de cette occupation (Beta 317 897 : 9 890+/-40 avant notre ère). Références bibliographiques Aubry B., Aoustin D. (collab.), Bemilli C. (collab.), Biard M. (collab.), Thomann A. (collab.), 2010, Igoville (Eure), de -10 000 à moins 3 mètres, Rapport de diagnotic, Inrap Grand-Ouet, SRA Haute- Normandie, 165 p. Biard M., Hinguant S., Beurion C. (collab.), Deloze V. (collab.), Forre P. (collab.), Sellami F. (collab.), 2011, Le bivouac préhitorique du Buhot à Calleville (Eure), caratérisation d’un assemblage lithique lamino-lamellaire de la in du Paléolithique supérieur, Recherches archéologiques, 2, Inrap/ CNRS éditions, 168 p. Fontana L., 2012, L’Homme et le Renne, CNRS éditions, 140 p. Naudinot N., Jacquier J., 2009, « Un site tardiglaciaire en place à la Fosse (Villiers-Charlemagne, Mayenne) : premiers résultats et implications chrono-culturelles », Bulletin de la Société préhitorique française, 106, p. 145-158. Le site d’Alizay et implanté en zone de convergence du lit majeur atuel et de la basse terrasse de la Seine. Il se trouve sur la rive droite, au niveau de l’atuelle conluence de ce leuve et de l’Eure. Durant la Pré- et la Protohitoire, cette zone humide était parcourue de chenaux autour desquels se sont intallés les hommes. La fouille fait suite à un diagnotic archéologique de 37 ha réalisé en 2009 (Aubry, 2010), motivé par l’agrandissement d’une carrière de granulat (Lafarge Seine-Nord et Cemex). Elle a pour objetif de comprendre les modes d’occupation du sol par les divers groupes humains ayant fréquenté cette zone prescrite sur un premier seteur, tandis qu’une deuxième zone de fouille de 2 ha devrait suivre, puis une dernière de 14 ha. La position du site dans un seteur régulièrement inondé a favorisé la fossilisation et la conservation des témoins archéologiques sous d’épaisses couches de terre formant une importante tratigraphie de 3 à 4 m de profondeur. Les sols des diférentes époques ont ainsi été préservés d’une trop forte érosion et la plupart des vetiges et des trutures sont très bien conservés. La compréhension générale du site et donc autant planimétrique que tratigraphique. Chaque occupation et ainsi replacée dans son contexte environnemental, hydrologique et topographique. La recontitution de la géométrie des sols sur le temps long forme l’un des axes de recherche privilégiée pour assurer une bonne compréhension des diférentes occupations humaines et surtout des relations homme-milieux (évolutions, interations, etc.). Dans un tel cadre, les approches multiscalaires conduites par une équipe interdisciplinaire contituent la clef de voûte de cette étude. Ces travaux prennent appui sur les outils atuellement à notre diposition : intégration des données via un sytème d’information géographique (SIG), imagerie 3D (jusqu’à la contitution de blocs diagrammes), études paléoenvironnementales couplées à l’analyse intégrée des données archéologiques, etc. Parmi les nombreuses occupations identiiées, la fouille a permis de mettre au jour, sur les niveaux attribués à l’extrême in du Paléolithique supérieur (au-dessus de niveaux du Dryas récent), une zone dense en vetiges [ill. 1] d’une supericie d’environ 70 m² qui a livré plus de 4 500 pièces lithiques [ill. 3] et osseuses [ill. 2] (le locus 28 704). Au sein du corpus lithique, il faut noter d’une part la présence conjointe d’un débitage laminaire et lamellaire de qualité et d’une prodution de petites lames larges, supports d’armatures, d’autre part la découverte d’armatures inédites en Normandie. Outre la qualité de l’assemblage Site Alizay et Igoville Eure Date Février 2011-août 2012 Supericie 14 ha Équipe Reponsables de seteur : Bruno Aubry Étude faunique : Céline Bémili Période Préhitoire Campement paléolithique supérieur en bord de Seine Miguel Biard Inrap, étude des sites paléolithiques Cyril Marcigny Inrap, Umr 6566 « Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences, hitoire », reponsable d’opération Silex Faune Grès Calcaire Hématite espace de circulation périphérique espace de circulation périphérique Petit poste de débitage Vide (zone de repos ?) Fracturation des os Limite de la paroi Zone de rejet 2. Détail des restes osseux mêlés aux produits de débitage. 3. Détail de l'amas lithique et éclat laminaire. 1. Plan de répartition des vestiges (à gauche) et lecture schématique de la répartition (à droite). 1 2 0 2 m 3