1 Ptolemées et Temples Willy Clarysse K.U.Leuven Cette conférence prend comme point de départ les décrets trilingues, et notamment le décret de Canope de 237 et celui de Memphis de 186. J'essaierai de montrer que ces décrets sont pour l'essentiel des textes honorifiques grecs dans leur composition, dans leur terminologie et dans leur idéologie, avec naturellement une certaine couleur locale égyptienne. Si vous me suivez dans cette voie, je voudrais argumenter en deuxième lieu que les auteurs de ces décrets étaient bel en bien les prêtres égyptiens, dont les dirigeants étaient assez hellénisés pour rédiger eux-mêmes des textes grecs de caractère officiel, parce qu'ils appartenaient à la classe dirigeante de l'administration des Ptolémées, et finalement je voudrais montrer qu'on ne peut pas vraiment voir dans ces textes ni une diminution du pouvoir royal ni une égyptianisation des Ptolémées. Le tableau des pages 002-003 est en grande partie basé sur un article récent de notre collègue Huss dans ZPE 88 (1991), pp.189-208. Avant d'entrer dans les détails, je voudrais vous présenter brièvement la documentation dont nous disposons concernant les décrets que les prêtres de l'Égypte ont érigés pour les Ptolémées. La deuxième colonne énumère ces décrets de 1 à 11 dans l'ordre chronologique ; les plus célèbres d'entre eux ont reçu un nom : décret de Canope, décret de Raphia, décret de Memphis, décrets de Philae. Certains d'entre eux ont été conservés par plusieurs copies. Ainsi avons-nous non moins de six copies du décret de Canope (n° 3), dont deux sont à peu près complètes, et dont les autres sont des fragments. Le décret de Raphia (n° 5) a été gardé dans trois copies, tandis que la pierre de Rosette est la copie la mieux conservée du décret de Memphis (n° 6). Comme les textes disent clairement que des copies des décrets doivent être taillées dans la pierre et érigées dans tous les temples de première, deuxième et troisième catégorie à travers toute l'Égypte, il n'est pas surprenant que des copies nombreuses aient été trouvées. Au contraire, le nombre de fragments conservés est restreint, sans doute parce que beaucoup d'autres pierres ont été réutilisées par après. Un exemplaire du décret de Canope au Louvre (n° 3c) a été utilisé comme seuil pour la porte d'une mosquée et il est tellement usé que les lettres sont devenues illisibles.