TUMULTES, numéro 40, 2013 Le corps ré-œuvré Populaces habiles à l’épreuve de la marcescence machiniste * Jean-François Gava Université libre de Bruxelles À Jacques Camatte l’Ancien 1 Agamben propose dans Le temps qui reste un distinguo d’apparence seulement rebattu et fondamentalement original entre classe ouvrière et prolétariat : « le fait que le prolétariat ait fini, avec le temps, par être identifié avec une classe sociale déterminée — la classe ouvrière, qui revendiquait pour elle- même des prérogatives et des droits — est, de ce point de vue, le pire des contresens que l’on puisse faire sur la pensée marxienne. Ce qui était pour Marx une identification stratégique — la classe ouvrière comme klesis et comme figure historique contingente du prolétariat — devient au contraire une véritable et substantielle identité sociale, qui finit nécessairement par perdre sa vocation révolutionnaire 2 ». Comme nous le verrons, * Je tiens à remercier vivement la Fondazione Bogliasco qui m’a permis entre autres, au cours de l’automne 2012, au Centro Studi Ligure per le Arti e le Lettere, à Bogliasco, province de Gênes, de rédiger ce texte dans des conditions de parfaite sérénité. 1. Étant entendu qu’il n’est pas suivi mais précédé du Jeune, puisque l’un et l’autre ne sont que les âges successifs d’un seul et même corps adulte, certes transformé au sens de Spinoza (Éthique IV, prop. 39, scholie). 2. G. Agamben, Le temps qui reste, Payot, 2004, p. 55.