Décrire et condamner pour mieux s’affirmer. Le « malvais plait » dans le Couronnement de Louis (c. 1130-1136) Rédigé dans les années 1130-1136, le Couronnement de Louis est réputé être « la plus politique de nos chansons de geste » 1 . Œuvre sinon d’un moine de Saint-Denis, du moins d’un clerc favorable à la politique de Suger 2 , ce texte serait un « bel exemple de l’inscription d’une situation féodale dans un nouveau contexte posant le problème de la fonction royale, du pouvoir et de la justice » 3 . De fait, ce récit relate le couronnement de Louis à Aix en 813 mais l’auteur s’éloigne rapidement de la réalité historique. Si l’épisode carolingien n’a guère posé de problème, les contestations, sous sa plume, se multiplient, en écho autant qu’en réponse, aux manœuvres de certains grands voulant écarter les Capétiens, et notamment Louis VII, du trône. La première des tentatives visant à priver le fils de Charlemagne de sa couronne est le fait d’un Orléanais, Hernaut, mais, après la mort de l’illustre empereur, les ambitions s’affirment. Avant de subir la révolte de Gui l’Allemand, Louis est menacé par une entreprise fomentée par des Normands et nombre de grands. Il conserve 1 J. Whatelet-Willem, « Couronnement de Louis », Dictionnaire des lettres françaises. Le Moyen Âge, dir. G. Hasenohr, M. Zink, Paris, Le Livre de Poche, 1992, p. 332. 2 P. E. Bennett, « Autour de l’Archamp : perspectives épiques sur Guillaume d’Orange », Entre histoire et épopée. Les Guillaume d’Orange (IX e -XIII e siècles), dir. L. Macé, Toulouse, Presses Universitaires de Toulouse-Le Mirail, 2006, p. 233-245, p. 239. 3 B. Ribémont, « La chanson de geste, une « machine judiciaire » (en guise d’avant-propos) », Crimes et châtiments dans la chanson de geste , dir. B. Ribémont, Paris, Klincksieck, 2008, p. VII - XXV, p. IX.