1. Article paru dans Les voies de l’hérésie : le groupe aristocratique en Languedoc (XIe- XIIIe siècles). Actes de la 8e session d’histoire médiévale du C.E.C., Couiza, 28 août-1er septembre 1995, Carcassonne, 2001, t. 2, p. 9-36. Martin AURELL Université de Poitiers — C.E.S.C.M. LE TROUBADOUR GUI DE CAVAILLON (vers 1175-vers 1229) : UN ACTEUR NOBILIAIRE DE LA CROISADE ALBIGEOISE Gui de Cavaillon naît, vers 1175, dans une famille aristocratique du Comtat Venaissin, seule principauté du comte de Toulouse située à l’est du Rhône, autour d’Avignon et son arrière- pays. Il apparaît comme l’un des plus fidèles guerriers de Raimond VI (1194-1222) et Raimond VII (1222-1249), auprès desquels il combat, avec acharnement et constance, les croisés de Simon de Montfort. Sa vie durant, il tente de s’opposer à la poussée française en Languedoc et Provence. L’intensité de son engagement personnel soulève le problème des mobiles qui poussent les membres de certaines maisons aristocratiques, plutôt que d’autres, à lutter dans le camp toulousain ; elle pose la question des valeurs chevaleresques, de la culture militaire et de l’idéologie politique qui déterminent l’action de maints combattants ; elle permet de s’interroger sur la place éventuelle que l’hérésie cathare occupe dans leurs motivations. Deux types de sources, diplomatiques aussi bien que littéraires, nous fournissent quelques éléments de réponse. D’une part, Gui de Cavaillon est cité dans quelque trente chartes dressées par la chancellerie des comtes de Provence ou de Toulouse et par les scriptoria des évêchés et monastères locaux 1 . D’autre part, il compose, en tant que troubadour, de nombreux poèmes en langue d’oc. Seuls quinze d’entre eux sont parvenus jusqu’à nous. Leur attribution pose quelques problèmes. Certains apparaissent dans les chansonniers, tout simplement, sous la rubrique de Gui de Cavaillon, son nom complet. D’autres, par contre, sont accompagnés de pseudonymes ou senhals ; deux d’entre eux renvoient irréfutablement à notre troubadour : Guionet est le diminutif de son prénom, utilisé peut-être pour les chansons écrites pendant sa jeunesse 2 ; Esperdut, « le perdu », est plutôt son sobriquet humoristique 3 . L’identification, longtemps admise, entre Gui de Cavaillon et le troubadour Cabrit doit, en revanche, être 1 S. GUIDA, « Per la biografia di Gui de Cavaillon et di Bertran Folco d’Avignon », Cultura Neolatina, 1972, p.189-210. Cet article établit le catalogue de ses documents, presque de façon exhaustive. Il faut ajouter à sa liste l’acte du 7 III 1225 des Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 3 H 23, cit. infra note 63, et du 29 X 1269, au même dépôt, B 1069, f° 24, cit. infra note 44. 2 La mise au point la plus récente sur cette identification se trouve dans J. ZEMP, Les poésies du troubadour Cadenet, Berne, 1978, p. 225. 3 C. FABRE, Pons de Montlaur dans l’histoire et la poésie provençale, Le Puy, 1909, p. 57-60, où sont cités les vers 11-13, échangés, sur le ton de la plaisenterie, entre Falconet et Faure, sur les pires barons du Bas-Rhône : « car je ne suis pas le jongleur Esperdut et vous paierait pour Gui de Cavaillon, s’il n’était pas preux », éd. D. JONES, La tenson provençale, Paris, 1934, p. 75-82. Cf. les nuances apportées à l’analyse de C. Fabre dans G. BERTONI, « Noterelle provenzali », Revue des langues romanes, 1911, p. 70-73.