La transmission de l’apocryphe de l’Enfance de Jésus en Arménie par IGOR DORFMANN-LAZAREV 1. Réception et rejet de l’apocryphe À l’arrière-plan de la littérature apocryphe relative au Nouveau Testament, le récit arménien de l’Enfance est une composition tardive, dont le proces- sus rédactionnel continua jusqu’au bas Moyen Âge. Néanmoins, cet écrit conserve des couches anciennes inexplorées, tout en comportant aussi des traces de la longue histoire de sa réception et de sa réélaboration en Armé- nie. Ainsi atteste-il d’anciens débats doctrinaux qui ont forgé ses sources lointaines autant qu’il constitue un document encore mal connu sur l’histoire intellectuelle de l’Arménie médiévale. Quelle pouvait être la vi- sée de ses traducteurs et de ses rédacteurs ? Quel est le rapport éventuel de ce texte, qui traite de la naissance, de l’enfance et de l’adolescence de Jé- sus, avec les réflexions sur la nature du Christ qui occupent une place si importante dans la production littéraire arménienne ? Telles sont les ques- tions que nous commencerons à aborder ici en nous fondant sur les recen- sions éditées de l’apocryphe. Cette étude devrait cependant être poursuivie sur la base d’une connaissance approfondie de la tradition manuscrite de ce document. La récente publication par A. Terian d’une traduction commen- tée des manuscrits jusque-là non étudiés de l’apocryphe de l’Enfance est une étape importante dans une recherche renouvelée sur ce document. L’apocryphe de l’Enfance est conservé en différentes recensions, dont deux furent publiées en 1898 par E. Tayec‛i : 1 nous nous proposons de les commenter ici. Le premier manuscrit, la recension « A », fut copié par K. Esayean en 1824. Il reproduit un manuscrit plus ancien de trois ans seule- ment, copié à Erznka ( Erzincan ) par le lecteur Barunak. Selon le témoi- gnage d’Esayean, le manuscrit copié par lui fut plus tard détruit par un 1 E. TAYEC‛I (dir.), Անկանոն գիրք Նոր կտակարանաց [Livres non-canoniques du Nouveau Testament], Venise 1898, VII–VIII.