1 Manger, boire, batailler et mourir : humour et parodies homériques chez Callimaque et Lycophron Giuseppe Giangrande conclut la première partie de son essai polémique intitulé L’humour des Alexandrins par deux remarques d’ordre méthodologique : 1) pour comprendre l’humour des poètes hellénistiques, il faut connaître les types de jeux qui sont caractéristiques de cet humour, par exemple le type « à intégration mentale ». 2) l’humour des Alexandrins est toujours spécifique : pour en saisir les subtilités, il importe d’étudier avec une précision extrême leur diction et les circonstances auxquelles ils font allusion. Dans le cadre de cette communication, je me propose d’étudier deux types de jeux constitutifs de cet humour et qui ont pour support les textes de la tradition homérique. Le titre de la première partie de cette étude, « manger, boire », fait allusion à une des trois principales catégories de la tradition parodique hellénistique : la veine gastronomique, si remarquablement étudiée par Alex Sens et D. Olson, dans leurs éditions d’Archestrate et de Matron. Mon corpus se compose de deux textes de Callimaque extraits des Aitia et de l’Hymne à Artémis. Ces deux passages ont pour personnage central Héraclès et racontent ou évoquent la rencontre de l’Alcméonide avec Theidamas. A ce titre, ces deux passages sont souvent commentés parce qu’ils trouvent un écho très précis au chant I des Argonautiques d’Apollonios de Rhodes. L’analyse des procédés humoristiques, voire parodiques, à l’œuvre dans ces deux passages me permettra d’affiner une interprétation déjà proposée dans le cadre du colloque sur le poète irrévérencieux qui s’était tenu l’an dernier à l’ENS-LSH. Une seconde partie est consacrée à l’humour de Lycophron, tel qu’il s’exerce dans le cadre des jeux intertextuels qu’entretient le catalogue des retours malheureux des Grecs dans l’Alexandra avec la tradition homérique et plus particulièrement le Catalogue des vaisseaux du chant II de l’Iliade. I- Manger, boire. Que Callimaque appréciait la poésie parodique, et plus particulièrement les parodies homériques, le fr. 397 Pfeiffer l’atteste : le Margitès semble en effet avoir suscité son admiration.