DIX-HUITIèME SIèCLE, n° 41 (2009) MÉDECINE ET MÉDECINS FACE AU TREMBLEMENT DE TERRE DE LISBONNE EN 1755 Un secours utile est un secours donné à temps. Hippocrate 1 Les grandes catastrophes sont toujours un aliment pour la pensée. Fernand Braudel 2 Lors des inondations de la Nouvelle-Orléans, en août 2005, un inirmier a déclaré : « D’abord nous devons sauver les vivants, ensuite nous nous occuperons des morts. » En 1755, après le tremblement de terre qui a ravagé Lisbonne 3 , mais aussi une partie de la péninsule ibérique et de l’Afrique du Nord, l’homme fort du moment, le futur marquis de Pombal, aurait ainsi formulé les priorités au roi Dom José I : « Enterrer les morts et s’occuper des vivants. » Il y a entre ces deux phrases toute la distance qui sépare la réalité du mythe. Alors que le caractère édiiant des témoignages, souvent de seconde main, a été bien établi 4 , le présent travail se propose d’étudier du point de vue de la médecine quelles réponses les contemporains étaient en mesure d’apporter à la situation catastrophique. 1. Cité par Frank Barot, La Médecine d’urgence : évolution du concept de l’Anti- quité au SAMU, thèse de Médecine, Amiens, 1998. 2. Cité dans Catastrophe and Culture. he Anthropology of Disaster, éd. Susanna M. Hofman and Anthony Oliver-Smith, School of American Research Press, Santa-Fe − James Currey, Oxford, 2002, 316 p. 3. Voir Susana P. Vilanova, Catarina F. Nunes et João F. B. D. Fonseca, « Lis- bon 1755 : A Case of Triggered Onshore Rupture ? », Bulletin of the Seismological Society of America, n° 93/5, 2003, p. 2056-2068. 4. Voir Ana Cristina Araújo, « Ruina e morte em Portugal no século XVIII » dans O Sagrado e o Profano, Revista de História das Ideias, n° 9, Coimbra, 1987, vol. 2, 519 p., p. 327-65.