Un regard sur les laboratoires en Centre Poitou-Charentes - Hors-série 2012 Microscoop, le magazine de la délégaion CNRS Centre Poitou-Charentes - Hors-série 2012
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Histoire Histoire
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Du minerai au métal
La ilière de producion
de l’argent au Moyen Âge
en Poitou
de réducion. Le retraitement de cete
scorie est à l’origine de la producion de
galets de verre connus sous le nom de
lissoirs, caractérisiques de Melle et de la
période carolingienne. Le plomb obtenu est
ensuite soumis à l’opéraion de coupella-
ion : déposé dans une coupelle de cendre
d’os poreuse, il est chaufé dans une atmos-
phère oxydante ; le plomb liquide s’oxyde
peu à peu et le produit ainsi créé est absor-
bé par la coupelle. À la in de l’opéraion,
tout le plomb a disparu et seul subsiste
l’argent.
Un projet pluridisciplinaire
Le projet FAHMA apporte une vision pluri-
disciplinaire des produits et sous-produits
de la chaîne opératoire de producion
de l’argent à Melle. Sur le site même des
mines, dans les galeries souterraines et les
sites archéologiques ideniiés, des échan-
illons de galène, de scorie et de plomb ont
été collectés et analysés au laboratoire.
Des monnaies médiévales, frappées au
nom de Melle ou d’autres ateliers moné-
taires, issues de fouilles archéologiques
ou de collecions publiques, ont fait l’objet
d’analyses de plusieurs types. Leur analyse
élémentaire a été réalisée à l’IRAMAT d’Or-
léans et a permis de déterminer les teneurs
en éléments majeurs, mineurs et traces. En
complément, le dosage des rapports isoto-
piques du plomb des diférents produits et
sous-produits a été conduit en collaboraion
avec le BRGM d’Orléans.
« observer des évoluions
dans l’origine du métal »
Ce type d’analyse de caractérisa-
ion de la signature géochimique
d’un échanillon s’avère pariculiè-
rement précieux pour les études de
provenance. Il a ainsi été possible
d’ideniier certains ateliers moné-
taires comme ceux de Clermont ou
de Bourges qui uilisaient de l’argent
de Melle pendant la période carolin-
gienne, et d’observer des évoluions
dans l’origine du métal précieux uilisé
pour d’autres oicines.
En complément des analyses de
laboratoire, des expérimentaions de
métallurgie ancienne ont été faites.
La plate-forme d’archéométallurgie
expérimentale de Melle permet aux
chercheurs de reproduire les procé-
dés du passé ain de tester leurs hypo-
thèses. Au cours de l’été 2012, c’est
l’ensemble de la chaîne opératoire
de producion de l’argent qui a été
recréé. Les résultats de terrain sont en
cours de traitement et les analyses de labo-
ratoire seront réalisées prochainement.
La remise en contexte historique des résul-
tats des analyses par des spécialistes des
monnaies médiévales et de l’histoire des
échanges apporte de nouvelles connais-
sances sur la circulaion des biens et des
personnes en Europe Occidentale pendant
le haut Moyen Âge. Certaines hypothèses,
en pariculier concernant la chaîne opéra-
toire de producion de l’argent à Melle, ont
été conirmées. Des résultats inatendus,
comme par exemple la mise en évidence
d’une signature géochimique qui ne peut
être ratachée à aucune mine connue pour
des monnaies de Toulouse, ouvrent de
nouvelles perspecives simulantes pour de
futures études pluridisciplinaires de ce type.
Les signatures de sources métalliques indé-
terminées qui sont apparues, nécessitent
des analyses complémentaires portant
sur d’autres mines exploitées à la même
époque, en Europe et au-delà.
Guillaume SARAH < IRAMAT
guillaume.sarah@cnrs-orleans.fr
htp://www.mellecom.com/~mines/
index.html
Des échanillons collectés sur le site des
mines de Melle en Poitou et issus de fouilles
archéologiques ont été analysés. Des expé-
rimentaions de métallurgie ancienne ont
été réalisées ain de mieux comprendre la
chaîne opératoire de producion de l’argent
à l’époque médiévale.
Une approche scieniique globale
Pendant le Moyen Âge, entre le VII
e
et le XIII
e
siècle, la très grande majorité des monnaies
frappées dans le royaume de France étaient
consituées d’un alliage à base d’argent.
L’origine de ce métal précieux uilisé comme
moyen d’échange a varié selon les périodes
et les lieux. La refonte des stocks d’argent
anciens, monétaires ou non, complique le
traçage de son origine. Mais dans certains
cas, des circonstances favorables permetent
d’envisager une approche globale portant
sur une exploitaion minière précise, ses
produits et ses sous-produits. C’est le cas
de la mine de Melle, dans le département
des Deux-Sèvres, qui fait l’objet d’un projet
de recherche pluridisciplinaire Filière de
l’Argent au Haut Moyen Âge - FAHMA, inan-
cé par l’Agence Naionale de la Recherche.
Il est coordonné par l’Insitut de Recherche
sur les Archéomatériaux (IRAMAT – UMR
5060) à Orléans et s’achèvera au printemps
2013.
Les mines de Melle
Le site des mines de Melle est remarquable
par plusieurs aspects. Historiquement, c’est
la seule exploitaion de métal précieux de
grande ampleur connue en Europe Occi-
dentale pendant le haut Moyen Âge (VI
e
- X
e
siècles). Au sein d’un périmètre restreint
avaient lieu toutes les étapes de producion
de l’argent, depuis l’extracion du minerai
jusqu’à la frappe monétaire. L’exploitaion
a été pariculièrement intense pendant la
période carolingienne. Les monnaies au nom
de Melle sont parmi les plus nombreuses
sous Charlemagne et ses successeurs. Vers
le X
e
siècle, l’intensité de l’acivité minière
à Melle s’amenuise et prend in au cours
de la période féodale. Aucune exploita-
ion de grande ampleur n’a été entreprise
depuis lors et les archéologues modernes
disposent donc d’un site d’excepion, où
des réseaux miniers souterrains vieux de
plus d’un millénaire sont conservés intacts.
Les sites de transformaion du minerai et
de producion du métal ont également pu
être fouillés. Ils ont livré des témoignages
précieux sur les procédés métallurgiques
médiévaux.
Du minerai à l’argent
Le minerai extrait de la mine de Melle est
de la galène, un sulfure de plomb au sein
duquel se trouve l’argent en quanité inime.
La première étape de la chaîne opératoire
est l’extracion de ce minerai. À Melle, la
technique employée était celle dite de
l’abatage par le feu, qui consistait à embra-
ser un bûcher adossé au front de taille. Le
but était de fragiliser la roche pour récupé-
rer le minerai qui s’y trouvait mêlé. Une fois
séparé de la roche, il doit être réduit ain
d’en récupérer le plomb. De
la scorie vitreuse riche
en plomb est égale-
ment produite
au cours de
l’opération
© IRAMAT
© IRAMAT
© IRAMAT
Droit : Buste de l’empereur entouré de
la légende HLVDOVVICVS IMP AVG, Louis
empereur et Auguste.
Revers : Nom de Melle sous la forme
METALLVM autour de marteaux et de
coins de monnayeur.
Les procédés métallurgiques anciens et l’histoire économique
sont au cœur de recherches qui fédèrent chimistes, archéolo-
gues et numismates.