La diffusion des TIC au Maroc : Rôle ambivalent de l’économie informelle ? Abdelfettah Benchenna MSH Paris Nord, Labsic, Université Paris 13 La question de la diffusion des technologies de l’information et de la communication dans les pays du Sud et son corollaire « la fracture numérique » ne coïncide pas avec l’avènement d’Internet. Dès les années 1970, cette question suscite des débats au sein de la communauté internationale 1 . Le bureau intergouvernemental pour l’informatique, organisation créée à l’origine par l’UNESCO, a cherché, durant les années 1970-1980, à devenir le porte-parole des pays du Sud pour dénoncer les inégalités d’accès à ces technologies (Benchenna, 2006), entre les pays du Nord et du Sud, et les logiques de domination qui en découlent. De son côté, l’économie politique critique (Armand Mattelart, Bernard Miège, Herbert Schiller, etc.) a souligné les relations d’inégalités, entre pays du Nord et ceux du Sud, en matière d’accès aux médias puis aux technologies de l’information et de la communication, en général. L’accent est mis non seulement sur les disparités entre pays en matière d’accès aux TIC mais aussi sur les insuffisances des analyses proposées, véhiculées et/ou soutenues 2 par les organisations internationales (UNESCO, UIT, Banque Mondiale, etc.). Ces dernières reposent essentiellement sur la mesure des inégalités d’accès à ces technologies alors que l’inégalité « repérée et traduite dans les données internationales disponibles, dissimule des phénomènes de domination, tant la possession, la disposition et le maniement des outils fournissent désormais les moyens non seulement de se distinguer, mais surtout de conforter, d’acquérir ou de renforcer des positions de domination. » (Miège, 2007 :67). 1 La conférence SPIN organisée sous l’égide de l’Unesco et du Bureau intergouvernemental pour l’informatique -IBI- en Espagne en 1978 2 Nous pouvons citer à cet égard les deux études publiées respectivement en 2003 et 2005, par Orbicom, réseau des chaires de l’UNESCO en communication portant sur la question de la fracture numérique.