Mise au Point Page 1 L’indexation des États fragiles : nouvel outil des relations internationales Par Lionel Gallet, auxiliaire de recherche au Programme Paix et sécurité internationales La fin de la guerre froide marque le début d'une nouvelle ère en relations internationales. Durant cette période, un concept apparaît : l’État « fragile » ou « défaillant » (Brooks, 2005). Il illustre, d'une certaine manière, le retour en force de la notion d'État dans les études scientifiques en relations internationales. L’ex-Yougoslavie, Haïti, l’Afghanistan, la Somalie ou la République démocratique du Congo ont été le théâtre d’événements économiques, politiques et sociaux dramatiques depuis le début des années 1990. Certains États se sont effondrés et d’autres ont implosé. Ainsi, suite à l’observation de ces phénomènes, des auteurs ont bâti tout un domaine d'étude autour de ce concept. Mais, durant les années 1990, le concept d'État fragile est resté relativement secondaire. Il faudra attendre les événements du 11 septembre pour que la communauté scientifique et politique donne un second souffle à ce domaine d’étude. Pourtant, depuis vingt ans, ces États ont subi des pertes humaines considérables. On estime, à plus de huit millions de morts et plus de quatre millions de déplacés à travers le monde, les victimes des conflits au sein de ces États fragiles (Rotberg, 2002). Selon les estimations de l’organisation américaine The Fund for Peace, en 2009, environ un habitant sur cinq habiterait un État dit défaillant et plus des quatre cinquièmes de la population mondiale résiderait dans des États instables (The Fund for Peace, 2009). Toutefois, la délimitation du concept demeure ardue. Tout d'abord, la définition d’un champ sémantique commun aussi bien en français qu'en anglais reste problématique. En effet, la communauté scientifique et la communauté politique peinent à trouver un consensus sur des définitions précises : États fragiles, défaillants, faillis, déstabilisés, effondrés, etc. Ensuite, la définition du concept se heurte aux théories, aux