183 L e 28 avril 2008, Thomas Tancredo, membre de la Chambre des représentants du Colorado, a participé à une séance du Congrès qui se tenait à l’université du Texas à Brownsville (UTB), l’université la plus au sud du Texas 1 . Au cours de cette séance, le député Tancredo a écouté les interventions de propriétaires fonciers, de militants écologistes et d’autres citoyens, tous inquiets et troublés par les expropriations imposées par le gouvernement, et par la construction du mur frontalier. Les propos tenus nous ont paru fondés et pleins de bon sens. En fin de séance, le député a opposé à tous ces citoyens hostiles à la construction du mur une série de contre arguments. En fait, il s’est emporté : « Trop de gens par ici pensent que les frontières n’ont pas d’importance ! » Puis il a critiqué l’attitude « multiculturelle » de l’auditoire en ajoutant : « si vous ne voulez pas de barrière entre vous et le Mexique, nous vous suggérons de construire cette barrière le long de la partie nord de votre ville » 2 . Ce qui placerait la frontière à une vingtaine de kilomètres au nord du Rio Grande, frontière officielle entre les États-Unis et le Mexique. Les habitants de Brownsville qui assistaient à la réunion ont été choqués par la virulence des propos de M. Tancredo. Les médias anglophones de la région frontalière ont rapidement rapporté les paroles de Tancredo, mais les médias locaux sont restés très sobres en commentaires sur ses propos scandaleux. Le présentateur de la filiale d’ABC Channel 5, par exemple, a expliqué, sans doute avec une pointe d’ironie, que le député « aurait proposé que Brownsville se retrouve du côté mexicain du mur ». Il a précisé que Channel 5 cherchait à obtenir des précisions auprès du bureau du député. Plusieurs journaux, dont le journal régional anglophone The Monitor, ont rapporté les propos du député sans ajouter le moindre commentaire 3 . MURS FRONTIÈRES ET NÉCRO-CITOYENNETÉ: LA NORMALISATION DE L’EXCLUSION ET DE LA MORT À LA FRONTIÈRE MEXIQUE – ÉTATS-UNIS POR MIGUEL DÍAZ-BARRIGA et MARGARET E. DORSEY