1 Nouvelles frontières éthiques du management : RSE et éthique en 3D Dr. François Vallaeys fvallaeys@pucp.edu.pe 1. La RSE n’est pas (encore) transformatrice : La Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) avance : Elle devient de plus en plus source d’inspiration des référentiels de gestion (SA 8000, AA 1000, ISO 26000, etc.), des lois (NRE, Grenelle 2), des politiques publiques européennes (Nouvelle stratégie de l’UE en matière de RSE : COM(2011) 681 final), de l’action des ONG (stratégies de Greenpeace ou la Clean Clothes Campaign face aux grandes entreprises, partenariats entreprise/ONG). Et pourtant, la RSE piétine : de l’avis même de ses promoteurs, on ne voit pas émerger, à partir des bonnes pratiques RSE, un changement structurel positif de l’impact du marché sur la solution des problèmes sociétaux et environnementaux. Georges Kell, par exemple, Directeur Exécutif du Pacte Global de l’ONU, vient de confesser ses doutes en conférence de presse pour la préparation du Sommet Rio+20 : “Nous sommes déçus du fait que le mouvement [de la RSE] ne progresse pas rapidement. Bien sûr, c’est un grand mouvement, mais il n’est pas encore transformateur” 1 . L’Institut brésilien ETHOS, l’une des organisations phares de la RSE en Amérique Latine, lui, veut passer à la vitesse supérieure, et n’hésite pas à en appeler pour se faire à la régulation publique : “Depuis qu’il s’est proposé de formuler les premiers indicateurs de RSE, à la fin du XXème siècle, l’Institut ETHOS a observé des progrès dans les pratiques du commerce et des politiques publiques. La création d’instruments capables d’identifier et de reconnaître les entreprises qui travaillent pour la soutenabilité produit certains résultats, mais convaincre les entrepreneurs et investisseurs d’adopter volontairement des modes de conduite responsable n’est pas suffisant. Les bonnes pratiques ont besoin d’être transformées en règles et consolidées en un modèle général grâce à des règlementations publiques et/ou des autorégulations du marché. En ce sens, on observe que la responsabilité sociale est un chemin valide, mais qui doit être articulé à des politiques publiques pour consolider le changement.” 2 De même, les groupes de recherche universitaires les mieux disposés à l’égard de la RSE ne manquent pas de souligner la nécessité d’une approche institutionnaliste de la RSE, c'est-à-dire sa structuration autour de politiques publiques et règles juridiques claires, pour ne pas la laisser aux mains du volontariat, des bonnes intentions et des engagements sans contrainte ni opposabilité (Postel et al., 2011). Mais l’institutionnalisation de la RSE demanderait un large consensus international autour d’elle, ce qui est loin d’être gagné. 1 Cité dans la revue RSE argentine Comunicarse du 29/02/12. Voir en français le résumé de la conférence de presse du 28/02/12 : http://www.un.org/News/fr-press/docs/2012/Conf120228-Georg_Kell.doc.htm 2 Institut ETHOS, « Plataforma por uma Economia Inclusiva, Verde e Responsável » [Plateforme pour une économie inclusive, verte et responsable], février 2011 (traduction personnelle). Voir : http://www1.ethos.org.br/EthosWeb/arquivo/0-A- 974Plataforma%20por%20uma%20Economia%20Inclusiva,%20Verde%20e%20Responsável.pdf