Histoire médiévale et archéologie 2006 - vol. 19 301 Introduction L es établissements monastiques ont depuis longtemps fait l’objet d’étu- des, tant historiques qu’archéologiques, fondées essentiellement sur l’évolution ar- chitecturale des bâtiments. Mais ces com- munautés étaient le lieu où des hommes vivaient. Les archéologues et historiens de la culture matérielle se penchent désormais sur les sources qui permettent de mettre en évidence les témoignages de leur vie quo- tidienne : les comptabilités, les inventaires après décès et les dépôts archéologiques. C’est sur la poterie de terre, objet de faible valeur marchande que portera notre inter- vention dans le but de mettre en évidence les sources d’approvisionnement et la fonction des objets. C’est dans les poubelles des abbayes, des dépotoirs occasionnels ou non, que les écofacts (relief de repas ou de pratiques culinaires) et les artefacts (vaisselle, matériaux de construction, objets divers) sont retrouvés. Parmi ces derniers, la poterie de terre occupe une très grande place, témoignant à la fois d’une utilisation notable et d’un nombre important d’utilisateurs. Ce sont près de 800 récipients qui proviennent du remplissage de dépotoirs découverts à l’occasion des fouilles archéologiques 1 Chargée d’opération et de recherche à l’I.N.R.A.P., chercheur à l’UMR 5594, Dijon 9, rue du faubourg de la Croix 89 330 Saint- Julien-du-Sault. de l’abbaye royale de Chelles 2 (Seine-et- Marne) et du couvent des Feuillantines à Paris 3 . Cette masse d’objets est quatre à cinq fois supérieure à celle habituellement comptabilisée dans les dépotoirs d’habitats urbains contemporains. Dans les coutumiers d’établissements monastiques ainsi que dans des inventaires établis à leur fermeture, au moment de la Révolution, des pots de terre sont parfois mentionnés mais, contrairement à la vais- selle en métal, la notion de quantité n’est pas évoquée et l’on ne sait pas ce que ces récipients représentent réellement dans l’équipement quotidien. Dans les comp- tabilités pourtant extrêmement précises de l’hôpital des Quinze-vingts à Paris, pour les XVI e et XVII e siècles, la vaisselle en terre cuite n’est pas clairement attestée. Il est en effet question de « grandes jattes de bois pour servir à laver les écuelles » 4 Fabienne Ravoire 1 « Approvisionnement céramique et mode d’alimentation dans les communautés religieuses sous l’Ancien régime. L’exemple de l’abbaye de Chelles (Seine-et-Marne) et du couvent des Feuillantines à Paris » 2 D. Coxall, Ch. Charamond, E. Séthian, Chelles – Fouilles sur le site de l’ancienne abbaye royale 1991-1992, Chelles : ville de Chelles, 1994, p. 181-209, ill. 3 Paul Celly, 64, rue Gay-Lussac/ 3, rue des Ursulines, ParisV e . Rapport de fouilles archéologiques, 2001, Service Régional de l’Archéologie d’Île-de-France (Saint-Denis), Inrap Centre-Île-de-France (Pantin). 4 C. Beutler, « Étude de la consommation dans une communauté parisienne entre 1500 et 1640 d’après les registres de comptabilité de l’hostel des quinze-vingts », Mémoire des Sociétés Historiques et archéologiques de Paris et d’Île-de-France, Tome 26-27 (1975- 1976), 1978, p. 73-122.