« La ville au milieu des marais » : dynamiques entre économie urbaine et zones humides dans la région de Bruxelles, XII e -XVI e siècle Paulo CHARRUADAS et Chloé DELIGNE 1 Le cas qui nous retiendra dans cet exposé est probablement encore atypique dans le paysage de la recherche sur les zones humides. En effet, au contraire de la plupart des travaux qui considèrent l’exploitation de ces zones dans le cadre d’une économie rurale, ou s’intéressent à l’aspect exceptionnel de cer- tains sites parfois devenus reliques (comme le Marais Poitevin), nous allons ici envisager l’exploitation des zones humides dans le cadre d’une économie urbaine 2 . À travers l’étude de l’évolution des zones humides de la périphérie urbaine de Bruxelles entre 1100 et 1550 environ, nous espérons mettre en évidence plusieurs problématiques qui lient intimement l’histoire urbaine à l’histoire des marais pour de nombreuses villes médiévales et modernes. Cette étude constitue une première esquisse, dont l’ambition est d’explorer cette nouvelle voie qui fait de certaines villes les « enfants du marais ». I- Une ville et des villages dans les marais I-1 La genèse du site bruxellois Bruxelles présente un cas particulièrement approprié pour une étude de ce type, dans la mesure où son étymologie indique précisément la localisation dans une zone humide (Broek-zele = « habitat » du marais). Absente de l’histoire gallo-romaine, Bruxelles fait partie, à l’instar d’une série de villes du nord-ouest européen, des cités qui émergent des « brumes » médiévales dans le courant des X e et XI e siècles. L’amélioration des productions Les productions des espaces humides æstuaria, 2007, 9 : 65-82 1. Université libre de Bruxelles/politique scientifique de l’État belge, pôle d’attraction interuni- versitaire V/10 & centre interdisciplinaire de recherche sur l’histoire de Bruxelles, faculté de philosophie et lettres, département d’histoire, d’art et d’archéologie, CP 175/01, avenue F. D. Roosevelt, 50 B-1050 Bruxelles. 2. Il existe quelques travaux qui consacrent tout ou partie de leur attention aux relations entre communautés urbaines et zones humides (par exemple Derville, 1980), mais rares restent ceux qui envisagent délibérément cette optique. Æstuaria n° 9-2006 14/12/06 9:39 Page 65