Les TICE à l’école primaire, virtualités, réalisations et conditions G. Gueudet (Université de Bretagne Occidentale), S. Soury-Lavergne et L. Trouche (INRP-Ecole Normale Supérieure de Lyon) Les innovations portent toujours en elles la promesse de transformations positives. C’est vrai à l’école avec les technologies « classiques » - l’accrochage d’un tableau noir a bien constitué un jour une innovation – comme avec les technologies numériques. Il y a cependant loin des promesses à leur réalisation : les équilibres que le maître réalise dans la salle de classe sont complexes, et toute innovation suppose une intégration délicate, à penser dans le temps. 1) La promesse des logiciels dynamiques, pour construire et comprendre : le cas de la géométrie La géométrie dynamique est un environnement informatique qui permet aux élèves, à partir d’un certain nombre d'outils tels que points, cercles, droites, perpendiculaires ou parallèles, de construire des figures géométriques qu’ils peuvent ensuite manipuler de façon beaucoup plus riche qu’un simple dessin sur la feuille. C’est un moyen pour les élèves d'expérimenter, d'agir sur les figures tout en contrôlant leurs propriétés. Si les propriétés utilisées lors de la construction ne sont pas suffisantes et que la figure est réalisée au jugé, elle ne se déforme pas correctement. Cela amène progressivement l’élève à se détacher de l’aspect spatial de la figure, à porter son attention plutôt sur les propriétés que sur les apparences, et à entrer ainsi dans la démarche géométrique. De plus, grâce à l’outil informatique, l’élève peut interagir avec l’environnement indépendamment de la validation de l’enseignant. Le contrôle de la situation est immédiat et permet à l‘élève un réajustement continu de ses procédures. C’est l’élève qui décide de mettre en œuvre une procédure et qui sait s’il a réussi, ce qui lui donne une grande autonomie dans son apprentissage. De son côté, l’enseignant garde un rôle crucial dans la mise en commun dans la classe et « l’institutionnalisation » des connaissances. La géométrie se prête de façon évidente à une telle démarche, qui peut cependant complètement s'appliquer à l'ensemble des objets mathématiques. Du côté du calcul, on peut ainsi disposer de représentations que l'élève va manipuler. Chaque concept mathématique a même plusieurs représentations et le travail mathématique consiste à mobiliser la représentation adaptée pour résoudre le problème. De nouveaux environnements informatiques sont actuellement développés sur cette dée de stimuler la manipulation d’objets mathématiques dynamiques, comme dans le cas de la collection « 123… Cabri je fais des maths » (figure 1). Dans ce cahier de la collection « 123… cabri je fais des maths », l’élève doit associer deux cartes dans chaque cercle de façon à ce que leur somme soit dix. Plusieurs niveaux de rétroaction sont prévus avec, au final, l’animation des tous les cercles lorsqu’ils sont correctement « remplis à 10 ». Figure 1. Des logiciels pour interagir avec des représentations dynamiques 2) Une réorganisation de la classe complexe Les TIC peuvent-ils être alors considérées comme des vecteurs naturels de l’innovation pédagogique ? C’était une hypothèse partagée par tous les acteurs du projet Innovative School de Microsoft Education, mis en œuvre en 2007 à l’école Châteaudun d’Amiens. Ce projet bénéficiait d’un soutien des collectivités locales (ordinateurs portables pour les enseignants ; vidéoprojecteurs et TBI pour les classes) et de l’institution scolaire (accompagnement par des inspecteurs). Le changement espéré portait sur l’organisation des classes de cycle 3 par groupes de compétences, pour ouvrir l’école sur le monde,