In Benchekroun, T. H. & Weill-Fassina, A. (Eds.) (2000). Le Travail collectif. Perspectives actuelles en ergonomie, Toulouse, Editions Octarès, pp. 165-192. 1 FACTEURS DE TRANSGRESSION D’UN MODE DE COOPERATION PRESCRIT PAR L’ORGANISATION POUR UN MODE DE COOPERATION ADAPTE AU PROBLEME A RESOUDRE Christophe Mundutéguy & Françoise Darses Laboratoire d’Ergonomie, Conservatoire National des Arts et Métiers munduteg@cnam.fr, darses@cnam.fr Résumé Cette recherche a été engagée dans l’objectif d’identifier les formes que prend la coopération au sein de la cellule acoustique des équipages aéroportés de la patrouille maritime en mission de détection sous- marine, et en particulier, lors du pistage de sous-marins. Cette activité de contrôle indirect d'un processus autonome et dynamique (l'évolution de la route du sous-marin) est composée de plusieurs phases (préparation du système technique, veille et pistage), qui diffèrent par des délais de feed-back plus ou moins longs (les signaux relatifs au sous-marin peuvent se succéder plus ou moins rapidement). Nous avons étudié les facteurs qui autorisent le groupe à transgresser la coopération verticale prescrite par la structure hiérarchique de l’organisation militaire, et qui le conduisent à adopter une coopération verticale avec négociation ou bien une coopération horizontale, mieux adaptées au problème à résoudre. Cette recherche s'appuie sur une analyse de quatre missions d'entraînement. Dans un premier temps, nous avons identifié les caractéristiques de chacun des trois modes de coopération. Puis nous avons vérifié la fréquence d’apparition de ces trois modes de coopération en fonction des phases de contrôle du processus. Dans un dernier temps, nous avons examiné l'enchaînement des modes de coopération durant l'activité. L’étude met en évidence l'importance spécifique de deux facteurs de transgression de la coopération verticale. Le premier facteur est l'accès à l'information. En effet, la détention de l’information sur le processus permet à certains opérateurs de participer à des prises de décision alors que leur statut ne suppose d’eux qu’une mise en œuvre des modes d’exécution choisis par l’un des responsables de la mission. C'est donc la maîtrise de l’information qui conduit à passer d’une prise de décision centralisée à une décision d’action partiellement collective (la décision finale incombant dans tous les cas au responsable de la mission). Dans la plupart des cas, ce facteur entraîne une coopération verticale avec négociation. Le second facteur de transgression de la coopération verticale est la nécessité d'optimiser les diagnostics et les pronostics. Dans cet objectif, la cellule acoustique adopte une coopération horizontale essentiellement motivée par la construction d'une représentation partagée du processus. Les patrouilles maritimes de l'aéronavale font régulièrement des missions d’entraînement au cours desquelles l’équipage doit détecter, identifier et pister un sous-marin dans les eaux territoriales françaises. Il s'agit d'exercer un contrôle indirect sur un processus dynamique (Hoc, 1989a) : le sous-marin évolue indépendamment des actions entreprises par l’équipe de la patrouille maritime qui doit contrôler cette évolution. Le cœur du travail de l’équipage consiste à déterminer les moyens techniques nécessaires au contrôle de ce processus. Pour cela, la synchronisation entre les membres de l'équipage (synchronisation