Le programme économique de réformes de structure du syndicat socialiste belge: un combat utopique au 21ème siècle? Cette contribution aborde la question passionnante et complexe de l’organisation de l’économie et de son contrôle par l’Ẻtat au travers d’une approche spécifique, celle du rôle joué en la matière par le mouvement syndical comme promoteur et/ou comme relais. En d’autres termes, il s’agit de se pencher dans une perspective de longue durée sur les rapports existants entre l’acteur syndical, dans le cas d’espèce la Fédération générale du travail de Belgique(FGTB), et le pouvoir politique, en particulier les relais de ce syndicat auprès du parti frère, le Parti socialiste belge(PSB), et plus globalement, auprès de l’appareil de l’Ẻtat. Dans ce cadre, un cas d’étude qui relève en partie à l’histoire, à savoir le programme de réformes de structure de la FGTB des années 50 et le courant qui lui est consubstantiel, le renardisme, peut apporter un éclairage interpellant sur les rapports actuels entre le monde syndical et l’Ẻtat. Un Ẻtat qui a quitté le seul périmètre national, évolution en cours à l’époque des années 50 pour devenir « transnationalisé », ce qui pose la question de son pouvoir de contrôle sur l’économie et la monnaie dans un espace de plus en plus globalisé et globalisant. L’hypothèse qui vient alors à l’esprit et qui demande à être approfondie est celle de savoir si l'Etat n'étant plus un acteur politique souverain, le syndicat peut-il être encore un acteur porteur de projet politique ? Pour tenter d’apporter des éléments de réponse à charge ou décharge de cette hypothèse de travail, il apparaît pertinent de s’interroger sur les finalités et les instruments de mise en œuvre proposés par le mouvement syndical socialiste pour guider et/ou s’adapter aux transformations de l’organisation économique en Belgique et en Europe dans le cadre de l’ouverture de nouvelles frontières internationales et européennes depuis les années 50. Nous le ferons en faisant l’économie de dresser un inventaire des différentes thèses qui s’affrontent ou s’articulent( dirigisme, libéralisme, universalisme, régionalisme, nationalisme) autour de cette question. Cela ne nous empêchera pas de les esquisser dans le contexte et le développement du débat sur les réformes de structure initié en Belgique depuis les années 1930 et qui s’est prolongé au moins jusqu’à la fin des années 1970. Tout en se gardant d’ignorer le rôle essentiel joué par l’acteur politique et les pouvoirs publics, il ne faut pas mésestimer la place des acteurs économiques et sociaux dans un contexte marqué par un Ẻtat traditionnellement libéral en Belgique mais appelé à jouer un rôle de plus en plus important dans la vie économique à partir de la grande crise des années 1930. 1°Les grands axes du renardisme : reformes de structure, indépendance syndicale et action directe Le programme des réformes de structure de la FGTB lancé lors de deux congrès syndicaux en 1954 et 1956 qui firent grand bruit à leur époque est indissociablement liée à une personnalité, André Renard, secrétaire général adjoint de la FGTB, et à un courant qui accompagne et prolonge son action au-delà de sa mort en 1962, le renardisme 1 . La marque spécifique de ce courant est d’avoir choisi le domaine de l’économie comme terrain de combat dans la lutte pour le pouvoir. « Le renardisme, rappelait René de Schutter un compagnon de route de Renard, allait bien au-delà de la volonté de créer ou d’améliorer le ‘Welfare State’ puisqu’il entendait s’en prendre, ‘lui qui n’était pas un parti politique’, aux modes de régulation du capitalisme belge. Il s’agissait de s’en prendre aux manières de fonctionner de 1 Sur André Renard et le renardisme, voir TILLY,P. (2005) André Renard. Pour la revolution constructive,Bruxelles, Le Cri.