1 Méthodologie et Essai de synthèse d’un Vocabulaire de Physique Moderne en Langue Tamazight (*) Dahmane MAZED Dipartimento di Ingegneria Meccanica, Nucleare e della Produzione, Facoltà di Ingegneria, Università di Pisa, Via Diotisalvi, 2, I-56126, Pisa (PI), Italie. E-mail : d_mazed@hotmail.it 1. La langue amazighe peut-elle véhiculer une érudition savante ? De tout temps, à travers son histoire multimillénaire, l’intellectuel ou l’érudit amazighophone, bien qu’il avoue toujours penser et raisonner en tamazight, dans le passage à l’écrit, il a cependant constamment produit et accompli son œuvre - il a même souvent préféré ou contraint de s’adresser à sa société d’appartenance - dans une langue de contingence qui lui est totalement étrangère : la langue de son dominateur du moment. Voici en effet ce qu’écrivit Mouloud Mammeri précisément à ce propos : "…Aux temps des Romains, c'est en latin qu'écrivèrent Tertullien, Cyprien, Augustin, Fronton, Arnobe, Apulée, bien que dans leurs livres on puisse relever des indices de la berbérité (de leur pensée) dont ils étaient issus; par exemple, Apulée raconte, dans un de ses ouvrages, l'histoire de "Psyché", et cette histoire on peut l'écouter encore aujourd'hui dans un conte bien connu, celui de "L'oiseau de l'orage". Depuis lors, et jusqu'à aujourd'hui, la situation du berbère n'a pas changé. Dans tous les pays où l'on parle berbère (...) les envahisseurs se succédèrent, et chacun d'eux ajouta ses problèmes à ceux laissés par son prédécesseur. Le berbère est toujours resté dans la coulisse. (...) Pendant au moins ces trois millénaires, on a écrit en phénicien, en latin, en grec, en arabe, en français, mais personne n'a utilisé le berbère dans l'écrit" [28]. Il semblerait alors qu’on ait toujours considéré avec une certaine légèreté, pour le moins abusive, que la langue des « anciens » (d’autrefois : n zikenni ! ) ne sert, au mieux, qu’à narrer des contes ou à fixer des chroniques dans la tradition orale en usant de la rhétorique la plus raffinée, notamment par des amusanaw rompus à la sublimation du verbe pour atteindre l’éloquence ! Mais est-ce vraiment cela le seul type d’usage que l’on peut envisager avec cette langue multimillénaire ? La langue amazighe 1 , entendue dans toutes ses variantes dialectales sous-jacentes, étant dotée de toutes les caractéristiques et les attributs requis pour toute langue, si l’on s’appuie sur les innombrables études des spécialistes de la linguistique berbère. A l’instar de toutes les langues, elle présenterait indubitablement une grande disposition à constituer un support linguistique pouvant sous-tendre, véhiculer et décrire son objet du point de vue savant (érudition scientifique et/ou technique, vocabulaire projeté dans l’abstrait) que ce soit dans son expression orale ou dans sa forme scripturale. Tamazight fait aujourd’hui son entrée par effraction dans la civilisation contemporaine en s’imposant de fait sur les supports et vecteurs d’information, de communication et de divertissement les plus modernes (Radio, Télévision, Presse, Edition, Espaces publicitaires multimédia divers, Internet, etc…), chaque jour un peu plus que naguère. Si bien que l’usage savant de la langue amazigh passe pour être non seulement envisagé, mais également soutenu par la plupart des spécialistes du domaine de culture et langue amazighes pour peu qu’un processus d’aménagement linguistique cohérent et approprié soit sérieusement mené pour donner concrétiser cette perspective. Nous ne soulignerons peut être jamais assez que la langue amazigh est plus que jamais vivante, du fait qu’un important groupe social la pratique au quotidien dans diverses régions enclavées éparses parsemant notamment tout le territoire de l’Afrique du Nord pour ne citer que cette partie du monde sans parler d’une multitude de diasporas amazighophones fixées un peu partout à travers le monde. Aussi la production d’une littérature foncièrement savante d’expression amazigh est-elle progressivement perçue relever d’une évidence intuitive au sein du groupe social amazigh lui-même. En effet, en méditant profondément sur l'exemple de l'hébreu, dérivant de l'ancien araméen, appartenant lui aussi à la famille des langues chamito-sémitiques, qui fut considérée comme une langue « archaïque » jusqu'à une date encore récente, et en faisant le constat de ce qu'il en est advenu aujourd'hui, grâce notamment au génie et surtout l'obstination de son peuple, il y a de quoi entretenir notre réflexe à toujours réviser nos fragiles 'certitudes'... La tradition orale qui a tant empreint la civilisation embryonnaire du groupe social amazighe n'a jamais été suffisamment efficiente pour susciter son éclosion. Par ailleurs, son domaine d’usage ne s'est point confiné à dépeindre un univers épique, restreint à la vie pastorale, la vie paysanne, les expressions culturelles et cultuelles et autres comme nous serions imprudemment amené à le concevoir. La survivance et la permanence du génie créatif amazigh plus que jamais actuel (car renouvelé sans cesse pendant plus de 30 siècles durant à la faveur d’un brassage culturel fécond aussi profond qu’ininterrompu tout au long de son histoire millénaire) par la qualité profondément originale, atteignant quelquefois des prouesses d’anthologie, dans son expression à travers (*) Contribution indépendante. 1 ) Nous avons beaucoup hésité à écrire langues (au pluriel )ou langue. Du point de vue rigueur académique, la première écriture aurait certainement le mieux convenu. Cependant, du fait que ce travail s'adresse surtout à un public plus large, et dans le soucis de ne pas bousculer inutilement les "certitudes militantes" combien même discutables, de certains pratiquants de diverses variantes de tamazight, nous avons adopté la moins correcte.