COMPTES RENDUS L’Afrique du Sud dix ans après Philippe GUILLAUME, Nicolas PÉJOUT , Aurelia WA KWABE-SEGATTI (éds) L’Afrique du Sud dix ans après. Transition accomplie ?, Paris, Karthala, 2004, 361 p. Ce volume, qui réunit douze textes sur la période de transition de l’Afrique du Sud, est un pari gagné : celui de cibler une période précise de l’histoire récente de ce pays et de donner une cohérence à des regards sur des objets très divers. Dix ans après les premières élections libres en Afrique du Sud, il fait le point sur une tran- sition encore inachevée. Pas de description du passé d’apartheid de l’Afrique du Sud donc, mais l’analyse d’une décennie de transition. Cela pose d’emblée une question quant à la rupture qu’a constituée le changement de régime après l’élection de Nelson Mandela à la prési- dence de la république en 1994. Or, les textes réunis ici démontrent que cette rup- ture est relative dans bien des domaines, par exemple en ce qui concerne les poli- tiques sur l’immigration, l’éducation ou la réforme foncière. Bien des changements sont postérieurs à 1994, et il faut évoquer une autre rupture qui se dessine dès le milieu des années 1990 mais est renforcée surtout après 1997 : il s’agit d’une inflexion de la politique économique et des politiques en matière de logement et d’accès au foncier, du passage d’une prio- rité donnée à l’équité à une primauté de l’efficacité et de la rentabilité qu’en simpli- fiant on peut qualifier d’orientations de type néo-libérales. La politique de réforme foncière, analysée ici par W.Anseeuw, illustre parfaitement ce choix politique : si dans la période 1994-1999 il s’agissait avant tout de développer une agriculture de subsistance, c’est l’émergence d’une classe d’agriculteurs commerciaux noirs qui est visée depuis 1999. Globalement, le virage politico-économique a été effectué avec succès (et explique les 5 % de crois- sance annuelle de l’économie sud- africaine) mais il a pour conséquence le maintien, voire le renforcement, des inéga- lités héritées (il n’est sans doute pas inutile de rappeler que, d’après les chiffres du PNUD, l’Indice de développement humain de l’Afrique du Sud, après avoir augmenté jusqu’en 1995, diminue depuis). Il est frappant de constater combien les textes réunis ici, écrits par une nouvelle génération de chercheurs pour la plupart francophones – c’est en soit une réussite du livre que de démontrer ce dynamisme, sou- tenu par l’Institut français d’Afrique du Sud créé en 1994 –, convergent sur cette ques- tion des rythmes du changement. De nom- breuses disciplines de sciences sociales sont représentées : sociologie, anthropologie, géographie, sciences politiques, histoire, économie. Les champs couverts sont amples, des questions rurales aux problèmes urbains, de l’émergence d’élites politiques nouvelles aux politiques du logement (le chapitre rédigé par M. Morange sur cette question est particulièrement démonstratif) ou de l’éducation, des évolutions de la litté- rature sud-africaine aux questions liées à l’émergence de nouvelles identités commu- nautaires (le cas de l’émergence d’une iden- tité Khoesan permet une relecture très origi- nale de cette question). Le livre se clôt, et cela se justifie parfaitement, par un excellent texte sur la question du Sida, défi majeur pour l’Afrique du Sud d’aujourd’hui, et au sujet duquel est parfaitement démontrée l’imbrication des questions politiques, iden- titaires, économiques et sociales. L’ensemble de l’ouvrage est structuré en quatre grandes parties : reconfiguration du pouvoir, recom- position des territoires, restructuration de la connaissance, reconstruction de soi et du rapport à l’autre. Ajoutons que cette collection de textes est complétée par un glossaire et, surtout, par une très utile « webliographie ». 1 er SEMESTRE 2006 NUMÉRO 2 L Trans continentales 173 12-ComptesRendus 22/05/06 17:00 Page 173