Arnaud Join-Lambert, Synodes diocésains et “nouvelles paroisses” en France, in : La Maison-Dieu 223 (2000) 9-28 1 Synodes diocésains et “nouvelles paroisses” en France. Arnaud Join-Lambert “En s’engageant dans la démarche synodale, les diocèses ont appris que la célébration d’un synode ouvrait plus d’horizons qu’elle ne résolvait de problèmes.” 1 Cette affirmation très générale s’applique particulièrement bien à cette réalité en mutation qu’est la paroisse. Les bouleversements sociologiques et ecclésiaux durant la quinzaine d’années qui suivit la parution du nouveau Code de droit canonique rencontrèrent un écho remarquable dans les différents synodes diocésains, surtout en France 2 . En retour, cela contribua à la constitution de “nouvelles paroisses” 3 , mais aussi à l’émergence d’une nouvelle forme de vie paroissiale. Ce processus eut, a et aura de profondes conséquences dans la vie liturgique 4 . Des nouveaux synodes diocésains aux nouvelles paroisses Il ne s’agit pas ici de détailler l’histoire récente des synodes diocésains, mais il faut tout de même rappeler brièvement quelques éléments essentiels. Le concile Vatican II a joué un rôle déterminant dans l’évolution de la question synodale. Il a donné une double impulsion: d’abord au niveau théologique avec l’émergence d’une ecclésiologie de communion, puis dans les textes eux-mêmes avec une incitation forte à redécouvrir la dimension synodale de l’Église 5 . Le décalage entre les normes canoniques de 1917 et les inflexions théologiques de Vatican II était tel que l’institution synodale définie par l’ancien code s’est alors révélée comme totalement inadaptée 6 . Le nouveau Code de droit canonique (en 1983) s’avère décisif dans ce domaine. Il a servi en quelque sorte de détonateur pour un renouveau extraordinaire de la pratique synodale en France. En dehors de la suppression de l’obligation de convocation régulière, la modification essentielle concerne la participation des laïcs comme membres à part entière d’une assemblée synodale 7 . La raison théologique en est l’identité fondamentale de tous les fidèles quant à leur dignité, leur capacité et leur participation à la triple fonction de sanctification, d’enseignement et de gouvernement 8 . 1 Jean-Marie MALLET-GUY, « Un synode diocésain: dix ans plus tard », dans Prêtres diocésains (abrégé PrD) 1331 (1995) 315-326, ici 315. Délégué du synode de Limoges, il fit son mémoire de maîtrise en théologie sur ce sujet: Le synode de Limoges. Mémoire de maîtrise en théologie présenté à l’ISPC de l’Institut Catholique de Paris. Paris 1986 (polycopié). 2 Aucun pays européen n’a connu après 1983 un phénomène d’une ampleur similaire; à l’exception peut-être de l’Italie, où la première vague des synodes diocésains est cependant restée très cléricale, cf. Silvio FERRARI, I sinodi diocesani del post-Concilio, dans Aggiornamenti Sociali 39 (1988) 351-363. 3 Même si cette appellation fut critiquée lors de son apparition, cf. PANNET (cf. note 12) 154. 258-261, elle s’est imposée dans presque toutes les réflexions synodales. 4 Qu’il me soit permis de remercier ici pour ses conseils le Père Benoît-Dominique de la Soujeole op, Professeur d’ecclésiologie à la Faculté de Théologie de Fribourg. D’autre part, il faut signaler à ce sujet la parution de la thèse de Lioba ZODROW, Gemeinde lebt im Gottesdienst. Die nachkonziliare Liturgiereform in Frankreich und ihre Voraussetzungen. Stuttgart 1999 (Praktische Theologie heute 42), surtout les parties 3 à 5 [une recension devrait paraître dans un prochain numéro de LMD]. Elle intègre très bien dans son analyse le phénomène synodal, ce qui est paradoxalement rare chez des théologiens français; voir par ex. l’article de Monique BRULIN qui ne fait aucune mention des synodes, « La pastorale liturgique en France. 1985-1994 », dans LMD 200 (1994) 13-29. 5 “Ce saint Concile oecuménique souhaite vivement que la vénérable institution des synodes et des conciles connaisse une nouvelle vigueur afin de pourvoir, selon les circonstances, de façon plus adaptée et plus efficace au progrès de la foi et au maintien de la discipline dans les diverses Églises.” Décret conciliaire Christus Dominus 36. 6 Cf. Arnaud JOIN-LAMBERT, « Les synodes diocésains français et leurs Actes (1983-1997). Des questions posées aux canonistes », dans Revue de Droit Canonique 49 (1999) xxx-xxx, ici xxx (à paraître). 7 Plusieurs canons rendent possible ce nouveau statut du laïc. Cf. CIC, c. 208-231; 463 § 1/5 et § 2. 8 Cf. Richard PUZA, « Diözesansynode und synodale Struktur. Ein Beitrag zur Ekklesiologie des neuen CIC », dans Theologische Quartalschrift 166 (1986) 40-48, ici 44.