– 1 – LES IMAGES DE LA NAISSANCE EN MÉSOPOTAMIE L. BATTINI UMR 5133, CNRS Maison de l'Orient, Lyon Dans toutes les sociétés, anciennes comme modernes, la naissance est un moment d’une grande importance et d’une grande puissance. Pourtant, en Mésopotamie, les images concernant ce moment ne sont pas très nombreuses et elles sont limitées à deux supports, la glyptique et le relief, en terre cuite et en métal. Le but de cet article est à la fois une définition des images de la naissance et une tentative de compréhension de leur signification dans le contexte de la société mésopotamienne 1 . I: PROBLEMES CONCERNANT LES IMAGES Lorsqu’on parle des images, on s'attire souvent des critiques à cause de la nature et de l'utilisation de ce type de sources 2 . Les images sont en effet d’interprétation difficile, car elles sont strictement liées à la société qui les a produites et également sujettes à un langage précis, et donc à des règles qui peuvent ne pas être bien comprises aujourd’hui. Ces images participent à un imaginaire collectif hautement symbolique et polysémantique 3 , centré sur des concepts-clés pas toujours évidents étant donné la distance entre l’antiquité et aujourd’hui. S’ensuivent des difficultés et des risques d’anachronisme dans la lecture et l’interprétation actuelle des images anciennes 4 . À tout cela, s’ajoutent deux autres problèmes: d’abord, la différence entre l’expression artistique des élites sur laquelle les textes contemporains peuvent nous éclairer un peu et celle plus populaire qui ne semble pas trouver facilement un écho dans les textes littéraires 5 . Un autre problème fort complexe dans l’étude des images est la perpétuelle évolution des symboles utilisés à différentes époques: ces apparentes contradictions rendent souvent la tâche d’explication difficile. Ainsi, les images de la naissance n'ont pas été réalisées pour nous donner une idée de la manière dans laquelle se déroulait un accouchement. Elles sont d'ailleurs limitées en quantité et en catégories de 1 Si aujourd’hui la naissance est vécue comme un moment positif (on parle d’un "heureux événement" selon les mots aussi de G. Coulon, 2004, p. 221), en revanche dans les sociétés anciennes, la naissance est ressentie comme un moment négatif, à craindre, source de soucis pour la mère, pour l’enfant à naître ou pour tous les deux (V. Dasen [éd], 2004, passim). En effet, ce sont les complications des accouchements et les infections ou hémorragies conséquentes qui sont la cause principale de mortalité des femmes dans le monde ancien (cf. M. Stol, 1995, p. 128). Une fois conjurés presque complètement les risques liés à l’accouchement et à ses suites, l’espérance de vie des femmes est désormais supérieure à celle des hommes en Occident. 2 Cf. P. L. Thillaud dans cet ouvrage. 3 Voir en particulier P. Amiet, 1956, 1973, 1977, 1980, 1992, 1994; M.B. Garrison, 1989; M. Tosun, 1956. Surtout les concepts religieux sont polysémantiques (A. Peatfield, 1994, p. 151; C. Renfrew, 2001, p. 137-138). 4 Sur ces dernières difficultés voir en dernier: A. Peatfield, 1994, p. 149-155: "our notions of validity in interpretation and explanation are strongly influenced by our own cultural heritage: we interpret within our own context and that should not surprise us. But that is not an admission of failure. (...) We set out to discover the possible rather than forever regretting the impossible" (ib., p. 151). 5 cf. P. Amiet, 1994, p. 25; F. A. M. Wiggermann, 1998-2001, p. 46-53; J. Assante, 2002, p. 6-14.