Archéologiques, n o 26 109 Analyses physico-chimiques des perles de traite en verre de fature européenne : quelles instrumentations pour quels résultats ? Adelphine Bonneau, Jean-François Moreau, Réginald Auger, Ron G.V. Hancock et Bertrand Émard Les perles de verre européennes sont des objets archéologiques souvent retrouvés sur les sites d’Amérique du Nord. Utilisées pour la traite de la fourrure, elles sont des marqueurs sociaux et chronologiques. De nombreuses questions sont posées par les archéologues à leur sujet : fabrication, matières premières, qualité, datation, provenance. La plupart de ces questions peuvent trouver une réponse grâce à l’utilisation de techniques physico-chimiques. Nous présentons ici les résultats obtenus lors d’études précédentes et sur des perles de verre de ClFi-10, avec le microscope, le MEB-EDS, la fluorescence de rayons X, le petromètre Raman, l’analyse par ativation neutronique et le LA-ICP-MS. European glass beads are common archaeological artifats on North American sites. Used for the fur trade, they are social and chronological markers. hese beads raise many questions for archaeologists, regarding their manufature, raw materials, quality, date, and provenance. Most of these questions can be answered with physiochemical methods. his article presents the findings of previous bead studies, as well as the results of an analysis of white trade glass beads from site ClFi-10, carried out by microscope, SEM-EDS, X-ray fluorescence, Raman petrometry, neutron ativation, and LA-ICP-MS. partir de la fin du xvi e siècle, les Européens apportent des perles de verre sur le continent Ces perles de verre ont été retrouvées en très grand nombre, partout sur le continent Nord- Américain, sur des sites autochtones comme dans des postes de traite, ce qui prouve qu’un réseau de distribution était atif avec des phases d’échange entre colons et Amérindiens, puis entre Amérin- diens eux-mêmes. Elles constituent donc un mar- queur social et historique très important qui est souvent retrouvé lors des fouilles archéologiques. De nombreuses questions découlent de leur pré- sence sur ces sites : D’où viennent-elles ? Qui les a apportées ? Ont-elles été apportées en une fois ou en plusieurs fois ? Peuvent-elles être considérées comme des marqueurs chronologiques ? Sont-elles fabriquées avec le même verre que les objets en verre de la même époque (tels que la vaisselle, les verres ou les bouteilles) ou bien sont-elles faites avec un verre de moins bonne qualité car réservées aux marchés de traite ? Cet article se propose de présenter quelques techniques d’analyses physico-chimiques qui peuvent permettre de répondre à ces questions en se basant sur les études antérieures et sur les À Nord-Américain pour les échanger avec les popu- lations autochtones contre des fourrures. Celles-ci sont fabriquées en Europe selon une technique bien connue grâce au livre historique d’Haudicquier de Blancourt (de Blancourt 1697) et à des travaux du siècle dernier (Karklins 1982 ; Kidd 1979). Le verre était fabriqué à partir de sable ou de quartz concassé (source de la silice) mélangé à un « sel », également appelé fondant. Il permet d’abaisser le point de fusion de la silice à une température voisine de 800 °C au lieu d’environ 1600-1700 °C. Le produit ainsi formé est appelé « fritte ». Celui-ci est ensuite concassé puis fondu une nouvelle fois avec d’autres additifs, également appelés « fondants », qui ont cette fois une double fontion : réduire la température de chauffe et assurer que le verre formé soit d’une bonne solidité et résiste à l’eau. Des détails concernant les méthodes employées pour la fabrication des perles en elles-mêmes se trouvent dans les ouvrages de Kidd (Kidd 1979 ; Kidd & Kidd 1972). Archeologiques 26.indd Sec1:115 Archeologiques 26.indd Sec1:115 12/03/13 16:53:16 12/03/13 16:53:16