99 DOSSIER Rwanda : appels et résistances au pardon Valérie Rosoux Philosophe, docteur en science politique, chercheur qualifié du FNRS, enseignante à l’Université catholique de Louvain. E n 1998, un article paru sous le titre « Le pardon : fait moral ou stratégie politique ? » s’interrogeait sur la multiplication des regrets, excuses et autres remords de responsables politiques aux quatre coins du monde . Plus de quatorze ans plus tard, la question demeure d’actualité. En Bel- gique, pour ne citer qu’un exemple, le Premier ministre Elio Di Rupo vient de présenter des excuses officielles pour la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale . Ses propos résonnent mot pour mot avec les paroles prononcées par le président français Jacques Chirac à l’occasion de la commé- moration de la rafle du Vel’ d’Hiv le 16 juillet 1995. Dans les deux déclarations, il est question de « honte », de « faute », de « responsabilité », de dette « impres- criptible ». Mêmes termes, à dix-sept ans d’intervalle, et mêmes effets. Bien que le discours d’Elio Di Rupo n’innove guère (l’un de ses prédécesseurs, Guy Verhofstadt, ayant présenté ses excuses à trois reprises déjà), il relance immé- diatement le débat sur le caractère approprié ou non de ce type de contritions publiques. Les arguments sont connus. Certains saluent la reconnaissance des autorités officielles, précisant que ces regrets ne sont et ne seront jamais redondants, tandis que d’autres déplorent une forme d’anachronisme, de suren- chère et de mauvaise conscience. D’où cette interrogation : si les propos tenus 1. Valérie Rosoux, « Le pardon : fait moral ou stratégie politique ? », Studia diplomatica, LI, 1998, pp. 105-116. 2. Malines, 9 septembre 2012.