Les acteurs européens de la coopération au développement dans les États fragiles, entre harmonisation et cacophonie 1 Emmanuel Klimis 1. Introduction La politique de sécurité de l’Union européenne ne fait que rarement l’objet d’un traitement à travers celle de sa coopération au développement. Bien entendu, l’accord de Cotonou et les relations commerciales avec les pays ACP ont généré, et continuent de le faire, de multiples études et analyses, mais la question de l’aide européenne au développement dans le champ de la sécurité internationale semble susciter, quant à lui, beaucoup moins d’intérêt. Cela n’a peut-être rien d’étonnant si l’on considère l’aide européenne au développement comme une politique commu– nautaire (du « premier pilier »), centrée sur les dimensions économiques, et si l’on accepte le discours parfois mis en avant qui souligne les caractéristiques exclusive– ment techniques d’une coopération au développement qui serait, par là même, apo– litique et neutre. C’est, en revanche, oublier une partie pourtant importante de la réalité de la politique extérieure de l’Union que de ne pas l’examiner également sous le prisme de l’aide au développement, et cela, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce que, depuis la fin de la guerre froide, les recompositions du secteur de la sécurité ont renforcé le lien qui l’unissait au développement. Si, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’aide au développement des pays du « tiers monde » était déjà amplement utilisée pour renforcer la sécurité des États occiden– taux et la suprématie américaine dans les relations internationales, ce n’est qu’à partir des années 90 et de l’adoption de la construction de la paix comme nouvel agenda global de politique internationale, face à la multiplication des conflits armés 1 Une partie de la présente contribution reprend, en les mettant à jour, plusieurs extraits d’un docu- ment rédigé par l’auteur et intitulé « La coopération européenne au développement et les principes du Comité d’aide au développement de l’OCDE pour le bon engagement international dans les États fragiles », soumis à la Commission européenne, dans le cadre d’une procédure de consultation sur les États fragiles, une des questions principales traitées par la présidence portugaise du Conseil en 2007. La présente contribution a été rédigée dans le cadre du GRAPAX, groupe de recherche en appui aux politiques de paix financé par la CUD avec le soutien de la Direction générale de la coo- pération au développement (DGD) du SPF Affaires étrangères, commerce extérieur et coopération au développement.