Too many twits ? RĠseaux sociaux et ŵise eŶ scğŶe de l’iŶtiŵitĠ par les candidats aux élections législatives britanniques en 2010 Alexander Frame Université de Bourgogne « Quels sont les leaders politiques ajustés à une société qui substitue la psychologie à leŶgageŵeŶt ƌĠel daŶs le monde ? Des hommes qui jouent leur charisme dans la capacité à abolir toute distance entre leurs sentiments et ceux du puďliĐ. AǀeĐ laide des ŵédias ĠleĐtƌoŶiƋues Ƌui peƌŵetteŶt doƌgaŶiseƌ leuƌ suƌedžpositioŶ, les politiĐieŶs exhibent leur iŶtiŵitĠ pouƌ Ġǀiteƌ daǀoiƌ à ġtƌe jugĠs suƌ leuƌs aĐtes. Il LJ a de l« incivilité » dans ce type de comportement public où la sĠduĐtioŶ leŵpoƌte suƌ la pĠdagogie et laŵďitioŶ politiƋues ». (Foessel, 2008 : 53) Depuis cinq ans environ quils edžisteŶt, les ŵĠdias soĐiaudž, feƌs de laŶĐe de la « ƌĠǀolutioŶ ǁeď Ϯ.Ϭ » dite participative ou collaborative, sont devenus, pour certains amateurs, un élément important de leur sociabilité. ‘Ġseaudž soĐiaudž et autƌes ďlogs iŶǀiteŶt leuƌs usageƌs à sexprimer librement sur tous les sujets, y compris sur eux-mêmes. Ces médias peuvent représenter pour leurs membres uŶe souƌĐe pƌiǀilĠgiĠe diŶfoƌŵatioŶs, et uŶ ŵoLJeŶ daĐĐğs à uŶe ĐomŵuŶautĠ dopiŶioŶs. “ituĠs à ŵi-ĐheŵiŶ eŶtƌe la page peƌso et le “M“, les messages publiés sur le site de « micro-blogging » Twitter, ou encore sur le « mur » du réseau Facebook, emploient souǀeŶt uŶ ƌegistƌe Ƌue loŶ peut Ƌualifieƌ d« intimiste ». De nombreux utilisateurs y confient les détails de leur vie quotidienne, leurs ƌĠaĐtioŶs à Đhaud, leuƌs passioŶs et leuƌs « Đoups de gueule ». Cest peut -être ce seŵďlaŶt diŵ-média-tetĠ Ƌui ĐoŶfğƌe à Đes Ŷouǀeaudž ŵĠdias leuƌ iŵage de tƌaŶspaƌeŶĐe et diŶfoƌŵalitĠ, de lĠgğƌetĠ et diŵpaƌtialitĠ, faĐe audž ŵĠdias ĐlassiƋues. À ce titre, les ŵĠdias soĐiaudž siŵposeŶt pƌogƌessiǀeŵeŶt Đoŵŵe uŶ ŵoLJeŶ effiĐaĐe pouƌ les aŶŶoŶĐeuƌs deŶgageƌ le dialogue aǀeĐ uŶe jeuŶesse eŶ ƌĠalitĠ de ŵoiŶs en moins jeune, et plus généralement avec un public urbain éduqué et technophile. En politique, la question se pose désormais à tous les élus : peut-oŶ eŶĐoƌe se passeƌ aujouƌdhui de sa page, offiĐielle ou ŶoŶ, suƌ Facebook ? Obligation moderniste ou stratégie de communication volontaiƌeŵeŶt ĠpousĠe, lutilisatioŶ des ŵĠdias sociaux par les responsables des grands partis politiques leur ouvre de nouvelles possibilités pour cultiver, ĐhaĐuŶ à sa façoŶ, leuƌ iŵage de leadeƌ’. Le recours à ces outils interactifs peut-il encourager une certaine paƌtie de lĠleĐtoƌat à sideŶtifieƌ aǀeĐ la figuƌe politiƋue, pƌĠseŶtĠe sous laŶgle de la « ŶoƌŵalitĠ », gƌâĐe à uŶe illusioŶ de pƌodžiŵitĠ, diŶtiŵitĠ, iŶstauƌĠe, ĠǀeŶtuelleŵeŶt, au pƌidž de ƋuelƋues dĠtails pƌopƌes à sa sphğƌe pƌiǀĠe ? Ce chapitre vise à interroger la relation entre médias sociaux et intime, dans le domaine politique, à la frontière même entre sphère privée et sphère publique. Plus précisément, il examine les stratégies « nouveaux médias » des leaders des trois principaux partis politiques aux élections législatives en Grande-Bretagne en 2010. Pendant la campagne électorale officielle (du 6 avril au 6 mai 2010), 1 Ƌuelle a ĠtĠ laĐtiǀitĠ des leadeƌs de ces trois partis sur les réseaux sociaux, quelle a été la nature de leur communication, au service de quelle image ? Les usages ƋuoŶ attaĐhe audž ƌĠseaux sociaux sont façonnés, en partie, par les dispositifs techniques et paƌ uŶ ĐoŶtedžte soĐial. LappƌopƌiatioŶ des ŵĠdias soĐiaudž paƌ les hoŵŵes politiƋues est aussi à aŶalLJseƌ paƌ rapport à un contexte politique et médiatique particulier. Comment ces nouv eaudž outils siŶsĐƌiǀeŶt-ils au sein de laƌseŶal edžistaŶt doutils de ĐoŵŵuŶiĐatioŶ politiƋue, daŶs uŶ paLJs où la pƌesse ĠĐƌite edžpose ƌĠguliğƌeŵeŶt des dĠtails de la ǀie pƌiǀĠe des figuƌes dĠtat ? DaŶs Đe ĐoŶtedžte daŶalLJse, il seƌa suƌtout ƋuestioŶ de stratégies de « mise en scène publique de liŶtiŵe », tout en assumant le caractère paradoxal de cette idée, car intimité et espace public ne semblent pas alleƌ de paiƌ. MiĐhael Foessel dĠfiŶit liŶtiŵitĠ, à la diffĠƌeŶĐe de liŶtĠƌioƌitĠ, Đoŵŵe uŶ ƌappoƌt social, nécessaireŵeŶt dialogiƋue, aǀeĐ dautƌes iŶdiǀidus, ŵais ŶoŶ pas aǀeĐ tout le ŵoŶde : ces individus sont choisis. Ce rapport se construit contre autrui – et surtout contre un autrui généralisé : dapƌğs Đette dĠfiŶition, liŶtiŵe Ŷe peut edžisteƌ ƋueŶ dehoƌs de la sphğƌe puďliƋue. Oƌ, eŶ ƌĠalitĠ, les hoŵŵes politiƋues Ŷe ĐheƌĐheŶt pas à dĠǀeloppeƌ de ǀƌaies ƌelatioŶs iŶtiŵes aǀeĐ des iŶteƌŶautes. Ils ĐoŵŵuŶiƋueŶt suƌ des faits Ƌui soŶt ĐeŶsĠs ƌeleǀeƌ, à loƌigiŶe, de leuƌ pƌopƌe sphğƌe iŶtiŵe. Le pƌopƌe de liŶtiŵe, seloŶ Foessel, est de faiƌe aďstƌaĐtioŶ des ĐoŶtƌaiŶtes soĐiales haďituelles. Le fait dedžpƌiŵeƌ telle ou telle opiŶioŶ uŶ peu douteuse, de Ŷous laisseƌ alleƌ à ŵoŶtƌeƌ Ŷos seŶt iments, à dire le fond de notre pensée, à exprimer nos doutes ou à Ŷous ŵoŶtƌeƌ ǀulŶĠƌaďle deǀaŶt ƋuelƋuuŶ diŶtiŵe, Đest diƌe à cette personne que notre relation avec elle dépasse les simples rapports de politesse. En nous exposant à elle, Ŷous lui tĠŵoigŶoŶs de la ĐoŶfiaŶĐe, pouƌ Ƌuelle poƌte uŶ jugeŵeŶt sur notre personne intime, en dehors des bienséances sociales. De Đette ŵaŶiğƌe, Ġtaďliƌ uŶ ƌappoƌt diŶtiŵitĠ aǀeĐ autƌui est souǀeŶt uŶ sigŶe daŵitiĠ, et ƌepose suƌ la ĐoŶfiaŶĐe. Cela appoƌte ĠgaleŵeŶt la pƌoŵesse duŶe ĐoŵŵuŶiĐatioŶ plus siŶĐğƌe, puisƋu e moins attentive 1 ‘appeloŶs Ƌuà lissue de Đes ĠleĐtioŶs lĠgislatiǀes, le gouǀeƌŶeŵeŶt tƌaǀailliste de GoƌdoŶ BƌoǁŶ a ĐĠdĠ le ŶuŵĠƌo ϭϬ Downing Street à un gouvernement de coalition, chose très rare en Grande-Bretagne, entre les Conservateurs de David Cameron, nouveau Premier Ministre, et les Liberal Democrats de Nick Clegg.