Erik Bordeleau Chercheur postdoctoral, Université libre de Bruxelles Erik.bordeleau@gmail.com Comment faire prise? Magie et action politique Cet article se veut une cartographie rapide de la manière dont se pose, dans la pensée politique contemporaine, la question de l’agir, et plus précisément, comme celle-ci se voit transformée lorsqu’elle est abordée sous l’angle de la magie. Communément, agir politiquement signifie « s’engager ». Prenons cette définition basique de l’engagement tirée du petit Robert (1993): « acte ou attitude de l’intellectuel, de l’artiste qui, prenant conscience de son appartenance à la société et au monde de son temps, renonce à une position de simple spectateur et met sa pensée ou son art au service d’une cause ». La série d’opérations qui mènent à l’engagement laisse pour le moins songeur : il faut d’abord « prendre conscience » d’une « appartenance », sortir ensuite de sa position de « simple spectateur », pour finalement se lever et s’engager dans l’allée qui mène à la scène publique. Être en acte – et crever l’écran. Acte premier. Premier acte. La théorie de l’engagement s’enracine dans une métaphysique de la subjectivité qui repose sur un primat de l’action et dont le rapport à la scène – à la représentation – est intrinsèque et nécessaire. Pour Sartre par exemple, s’engager, c’est être en acte. Parlant de son œuvre, il dira dans un entretien rapporté par Madeleine Chapsal : « )l s’agit de l’homme – qui est à la fois un agent et un acteur – qui produit et joue son drame […] Une pièce de théâtre c’est la forme la plus appropriée, aujourd’hui, pour montrer l’homme en acte ȋc’est-à-dire l’homme, tout simplement) » (Chapsal 1984 : 108-ͳͲ9Ȍ. Cette assimilation de l’homme à sa forme « active » constitue le geste essentiel de la pensée sartrienne, qui vient fonder une politique volontariste pure où chaque conscience peut devenir, si elle le décide, si elle le veut, la tabula rasa d’un monde nouveau. Sartre ultrabolchévique? « Le prolétariat n’est qu’en acte, il est acte : s’il cesse d’agir, il se décompose » (Merleau-Ponty 1955: 153); « le parti comme le militant sont action pure » (Merleau-Ponty 1955: 147). La question de l’acte reste toujours d’actualité, en particulier pour qui cherche à penser « l’actualité du communisme », titre du dernier ouvrage de Bruno Bosteels, (Verso, 2011).