La vitesse : Essai de définition d’un concept moteur de la mobilité Etienne Faugier , Université de Neuchâtel La mobilité prise dans une large acceptation s’intéresse au mouvement de population et de biens matériels et immatériels. Fondamentalement, en son sein réside la vitesse. Mais qu’est-ce que la vitesse ? Initialement, il s’agit du rapport entre la distance et le temps mis pour parcourir cette distance. Depuis une trentaine d’années, une accentuation semble se faire sentir quant à la vétusté du concept qui s’est désagrégé en certains points – la recherche de records de vitesse avec l’exemple du Concorde comme point ultime, les travaux d’Ivan Illitch – et en d’autres s’est étoffé – notamment l’expression de la vitesse dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication – ; par ailleurs, elle se trouve contestée par l’essor des mouvements slow par exemple. La vitesse, étudiée par les chercheurs de différentes disciplines, se comprend sous de multiples acceptions. Par exemple, au sein de la discipline historique, la vitesse a une origine, dans le cadre de l’histoire des transports, elle été inventée au XVIII e siècle (Studeny, 1995) ; il y a donc divers âges de la vitesse que l’on peut identifier (Lyth, 2007). En géographie, Jean Ollivro défend l’idée qu’il y a le concept de « vitesse homogène » et celui de « vitesse différenciée » (Ollivro, 2000). En sociologie, il semble que l’on abandonne le concept de vitesse pour le préférer à celui d’accélération qui se décline en trois sous-ensembles : l'accélération technique, l'accélération du changement social et l'accélération du rythme de vie (Rosa, 2012). Dans la littérature, la vitesse est source d’une culture, d’un art (Ross, 1997 ; Kern, 1983). Chez les urbanistes, on observe des divergences : Paul Virilio appréhende la vitesse comme facteur d’anéantissement de la ville (Virilio, 1995), tandis que Marc Desportes perçoit la vitesse comme créatrice de paysages à la fois concrets et mentaux (Desportes, 2005). Cette pluralité des significations de la vitesse rend difficile la communication entre les différentes disciplines ainsi que la compréhension de ce qu’est réellement la vitesse. L’objectif de cette communication est de clarifier le concept de vitesse élaboré par les chercheurs pour ensuite proposer une définition unificatrice à partir de l’exemple de l’automobile ; selon nous, la vitesse n’est possible qu’à la condition d’avoir une infrastructure, un mobile, une normalisation et des pratiques de mobilité : elle constitue un système logique et cohérent. Pour étayer notre étude, nous nous appuierons sur l’historiographie internationale relative à la vitesse, puis, nous aurons recours à notre travail de doctorat traitant de l’automobilisme dans le département du Rhône et la région de Québec durant le XX e siècle